alliance Maroc-américaine : une relation stratégique au cœur de la crise de Ceuta

De l’héritage historique aux défis contemporains, l’alliance entre le Maroc et les États-Unis s’impose comme un pilier géopolitique en Afrique du Nord. Cette relation, marquée par des traités séculaires et un soutien mutuel, a récemment été mise en lumière lors de la crise migratoire de Ceuta, révélant ses implications stratégiques et ses tensions avec l’Espagne.
Alors que plus de 70 000 personnes ont franchi la frontière vers l’enclave espagnole, faisant au moins 140 victimes, les positions américaines ont souligné l’étroitesse des liens entre Washington et Rabat. Une dynamique qui interroge sur l’équilibre des alliances au sein de l’OTAN.

Un partenariat né il y a deux siècles
Les racines de cette alliance remontent à une époque où le Maroc, dirigé par la dynastie alaouite, et les jeunes États-Unis nouvellement indépendants, cherchaient tous deux à affirmer leur souveraineté. En 1776, alors que les colonies américaines proclamaient leur indépendance, le Maroc était déjà un sultanat stable sous Mohammed III.
Dès 1777, le sultan autorisait les navires américains à accoster librement dans ses ports, un geste interprété par Rabat comme la première reconnaissance internationale de la jeune république. Pourtant, c’est en 1786 que les deux nations officialisèrent leur relation par le Traité de paix et d’amitié, signé à Marrakech. Cet accord offrait aux États-Unis une protection contre les corsaires en Méditerranée et ouvrait des perspectives commerciales essentielles.
Selon Timothy W. Kneeland, professeur d’histoire à l’université de Nazareth (New York), « la position stratégique du Maroc, à la croisée des mondes méditerranéen, africain et islamique, en a fait un partenaire clé pour Washington dans sa quête d’influence mondiale. »

Ce traité, renégocié en 1836, reste aujourd’hui le plus ancien accord en vigueur dans l’histoire diplomatique américaine. Sarah Yerkes, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Carnegie, souligne qu’il « symbolise la longévité et la résilience des relations maroco-américaines. »
Sécurité, Sahara occidental et accords d’Abraham
La coopération en matière de sécurité a pris de l’ampleur dès les années 1950, lorsque Washington utilisait les bases aériennes marocaines avec l’accord de la France coloniale. Après l’indépendance du Maroc en 1956, les États-Unis ont rapidement reconnu le nouveau royaume et ouvert leur ambassade à Rabat.
La question du Sahara occidental a cristallisé l’alignement des deux pays. En 1975, lors de la Marche verte organisée par le roi Hassan II, le Maroc a annexé ce territoire contesté. Malgré une position officielle de neutralité, les documents diplomatiques révèlent un soutien américain discret mais constant à Rabat. Henry Kissinger aurait même encouragé Hassan II à maintenir sa stratégie, qualifiant sa position de « logique et défendable ».
en 2004, est devenu un partenaire incontournable dans la lutte contre l’extrémisme. Les exercices African Lion, les entraînements conjoints des forces spéciales et la participation à la coalition internationale contre Daech illustrent cette collaboration.
Sur le plan militaire, les États-Unis ont fourni au Maroc 60 % de ses importations d’armes entre 2021 et 2025, consolidant ainsi son rôle de gendarme régional. Sarah Yerkes note que « le Maroc est perçu comme un acteur clé dans la stabilisation du Sahel et dans la lutte contre les groupes jihadistes. »

Économiquement, l’accord de libre-échange de 2006 a boosté les échanges, atteignant 7,4 milliards de dollars en 2025. Malgré un volume modeste pour les États-Unis, cet accord a permis au Maroc de diversifier ses partenariats. La reconnaissance par Donald Trump de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2020, dans le cadre des accords d’Abraham, a marqué un tournant diplomatique. Washington soutient désormais le plan d’autonomie proposé par Rabat comme seule solution viable.
Ceuta : un révélateur des tensions transatlantiques
La crise de Ceuta a braqué les projecteurs sur les divergences au sein du triangle États-Unis-Maroc-Espagne. L’afflux massif de migrants, causant plus de 140 morts, a révélé les fractures entre Madrid et ses deux partenaires.
Alors que l’Espagne accusait des réseaux de trafic et critiquait la gestion frontalière marocaine, Washington a adopté une posture inattendue. Donald Trump a qualifié les événements de « catastrophe comparable à une invasion », dénonçant les politiques migra
Contrairement aux attentes, Washington n’a pas pointé du doigt le Maroc. Le département d’État a critiqué les politiques migratoires espagnoles et la Maison Blanche a évoqué « les politiques mondialistes d’extrême gauche » comme responsables. Sarah Yerkes analyse cette position comme une confirmation de la « priorité absolue accordée à l’alliance marocaine, au détriment des tensions avec Madrid. »
Cette crise a également mis en lumière les désaccords sur l’utilisation des bases militaires espagnoles de Rota et Morón, utilisées par les États-Unis pour des opérations en Iran. Le veto espagnol a poussé Washington à chercher des alternatives, renforçant l’importance stratégique du Maroc.
Dans un message adressé au roi Mohammed VI à l’occasion de la Fête du Trône, Donald Trump a célébré « 250 ans d’amitié et de confiance mutuelle », réaffirmant le soutien américain à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et exprimant l’espoir que cette collaboration se poursuive « pour les 250 prochaines années ».


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