Le Bénin et le Niger entament une nouvelle phase dans leurs relations bilatérales. Une rencontre technique entre experts des deux pays a permis de dégager trois axes de coopération concrets, visant à restaurer un dialogue constructif. Cette initiative survient après une période de rupture marquée par la suspension des échanges diplomatiques à la suite du changement de régime au Niger à l’été 2023 et la fermeture de leur frontière commune.
Les tensions entre Cotonou et Niamey s’étaient cristallisées autour de plusieurs dossiers sensibles. Le Bénin avait apporté son soutien aux sanctions imposées par la CEDEAO contre la junte nigérienne, tandis que Niamey accusait son voisin de l’ouest de servir de base arrière pour des acteurs hostiles à la transition. Le litige autour du transport du pétrole nigérien via le pipeline reliant Agadem au port béninois de Sèmè-Kpodji a achevé d’alourdir le climat. L’ouverture de discussions techniques illustre la volonté des deux États de dissocier les enjeux économiques des divergences politiques.
Trois chantiers prioritaires pour relancer les échanges
Les projets retenus par les experts ciblent les domaines où les deux économies sont le plus interdépendantes. La restauration des flux de circulation des personnes et des marchandises arrive en tête des priorités, avec pour objectif une réouverture progressive des postes frontaliers. Le second axe concerne la reprise et la sécurisation du transit du pétrole nigérien vers l’Atlantique, via l’infrastructure gérée avec des partenaires asiatiques. Enfin, le troisième volet porte sur le développement d’infrastructures transfrontalières pour dynamiser les échanges commerciaux.
Ces choix ne sont pas anodins. Ils répondent aux secteurs les plus affectés par l’arrêt brutal de la coopération. Le Niger, pays enclavé, dépend du corridor béninois pour une grande partie de ses importations et de ses exportations d’hydrocarbures. De son côté, le Bénin subit une baisse significative de ses recettes douanières et portuaires depuis la fermeture de la frontière. L’interdépendance économique devient ainsi un levier stratégique pour une réconciliation politique.
Une approche pragmatique pour contourner les blocages politiques
La méthode adoptée par les autorités béninoises et nigériennes mérite une attention particulière. En confiant la préparation des projets à des experts plutôt qu’à des responsables politiques, les présidents Patrice Talon et le général Abdourahamane Tiani offrent un espace de manœuvre essentiel. Les questions de légitimité institutionnelle, de reconnaissance des transitions et d’adhésion à la CEDEAO restent en suspens, mais n’entravent pas l’avancement des dossiers concrets. Cette stratégie rappelle des expériences menées ailleurs en Afrique de l’Ouest, où la coopération sectorielle a précédé les réconciliations politiques.
Le défi désormais est de concrétiser ces projets. Les recommandations des experts devront être endossées au niveau politique, une étape plus sujette aux aléas. Le retrait du Niger de la CEDEAO, acté aux côtés du Mali et du Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel, complexifie la donne. Les deux capitales devront imaginer un cadre bilatéral solide, indépendant des structures régionales en tension.
Un exemple pour l’Afrique de l’Ouest
L’enjeu dépasse la simple relation entre le Bénin et le Niger. Une normalisation réussie pourrait servir de modèle pour apaiser les tensions entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel, dont les économies restent étroitement liées. Les acteurs économiques des deux pays, tels que les opérateurs portuaires, les transporteurs et les industriels, suivent de près l’évolution de ce processus. La reprise d’un trafic fluide entre Cotonou et Niamey conditionne la viabilité de plusieurs projets logistiques régionaux, notamment ceux liés à l’exportation des hydrocarbures du bassin d’Agadem.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si cette dynamique technique résistera aux pressions politiques. Plusieurs exemples depuis 2023 ont montré la fragilité des rapprochements entre des régimes aux logiques divergentes. Toutefois, la concrétisation des trois projets identifiés pourrait servir de référence utile pour toute la sous-région.

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