4 juin 2026

burkina-eveil

Éveillez-vous à l'actualité du Burkina Faso avec un journalisme rigoureux, citoyen et engagé.

Bénin horizon 2035 : la culture s’impose comme le quatrième moteur de l’économie nationale

À l’heure où l’économie mondiale se réinvente à travers l’immatériel et l’authenticité, le Bénin se prépare à une transformation historique. Berceau du Vodoun, terre de traditions royales séculaires et d’une créativité artistique débordante, le pays possède un trésor inestimable. Pourtant, ce patrimoine exceptionnel est longtemps resté un géant économique endormi, souvent perçu comme une simple charge budgétaire plutôt qu’une source de richesse. L’ambition pour 2035 est claire : faire de la culture le quatrième pilier de l’économie béninoise.

Une stratégie radicale pour une autonomie économique

L’objectif ne consiste plus à célébrer le passé avec nostalgie, mais à structurer un secteur productif capable de générer des emplois décents et de l’innovation. Pour réussir cette mutation systémique, huit chantiers stratégiques sont identifiés.

1. Un cadre légal protecteur pour les créateurs

L’économie créative ne peut prospérer sur une instabilité juridique. Il est impératif de sortir l’artiste de la précarité en gravant son statut dans la Loi. Au-delà des simples décrets, le Bénin doit se doter de textes législatifs votés par l’Assemblée nationale. Cette sécurisation juridique est indispensable pour attirer les investisseurs privés, moderniser la gestion des droits d’auteur et instaurer des incitations fiscales massives.

2. La professionnalisation du capital humain

Le passage de l’amateurisme à l’excellence est la clé de voûte de cette réforme. Un plan de formation d’envergure doit être déployé, touchant non seulement les arts, mais aussi le management culturel, l’entrepreneuriat et les technologies numériques appliquées au patrimoine. Chaque commune doit devenir un incubateur de talents locaux.

3. Des centres d’excellence académique

Trois institutions majeures doivent structurer la transmission du savoir :

  • Une École Nationale Supérieure des Arts pour former l’élite de la scène contemporaine.
  • Un Institut Supérieur du Patrimoine Culturel dédié à la conservation scientifique et à la muséographie.
  • Une Académie des Arts et Traditions du Bénin pour documenter et légitimer les savoirs ancestraux.

4. Des infrastructures de standard international

Le déploiement d’un maillage territorial solide est essentiel. Des théâtres régionaux aux complexes de création numérique, chaque département doit disposer d’outils modernes pour la production et la diffusion des œuvres auprès du public.

5. Une révolution du financement culturel

Pour propulser ce secteur, une architecture financière à trois niveaux est préconisée : un Fonds National de Développement Culturel pour la création, un guichet bancaire dédié offrant des crédits à taux préférentiels, et un fonds d’investissement public-privé pour mobiliser les capitaux de la diaspora et du patronat.

6. Structuration des filières industrielles

Le cinéma, la mode, la musique et le livre doivent cesser d’être des secteurs isolés pour devenir de véritables filières industrielles. Chaque segment nécessite un plan stratégique décennal et des canaux de distribution performants sur les marchés internationaux.

7. Valorisation du patrimoine immatériel

Les masques, les rythmes rituels et les récits initiatiques sont des actifs d’une valeur inestimable. En investissant dans la numérisation des collections et la labellisation des festivals, le Bénin transforme ses traditions vivantes en leviers d’attractivité touristique et de développement local.

8. Convergence entre culture, tourisme et agro-industrie

Le rayonnement de l’identité béninoise repose sur une symbiose entre ces trois secteurs. Valoriser les productions locales à travers une esthétique propre et créer des labels territoriaux d’excellence permettra à chaque région de transformer sa culture en argument de prospérité.

Le cap sur 2035

Bâtir le Bénin de demain demande de rompre avec les modèles du passé. À l’horizon 2035, le pays a l’opportunité de devenir le phare de l’économie créative en Afrique subsaharienne. Cette transition est une haute stratégie d’État visant à faire du génie béninois le moteur d’une croissance durable, inclusive et souveraine.