15 juillet 2026

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Cameroun : 292 milliards de FCFA de financements de la BAD en péril

Une évaluation conjointe du portefeuille, menée à Yaoundé le 14 juillet 2026, entre les autorités camerounaises et la Banque africaine de développement (BAD), a révélé une menace financière majeure pour le Cameroun. Pas moins de sept opérations, déjà validées par l’institution panafricaine et totalisant 373,419 millions d’unités de compte, soit près de 292 milliards de FCFA, sont désormais susceptibles d’être annulées. L’enjeu réside moins dans l’accès aux ressources que dans la lenteur des processus administratifs internes qui entravent l’exécution des projets essentiels au développement du pays.

Il est important de souligner que ces montants ne représentent pas des fonds déjà versés que Yaoundé devrait restituer. Il s’agit plutôt de prêts et de dons formellement approuvés par la BAD, mais dont les conventions n’ont pas été signées dans les délais impartis, ou pour lesquels, malgré une officialisation juridique, aucun versement n’a été effectué. Six de ces dossiers relèvent de la première catégorie, tandis qu’un septième appartient à la seconde. L’ensemble des financements pour lesquels les accords demeurent en attente s’élève à 339,419 millions d’UC, soit environ 265 milliards de FCFA.

La route Ngoura-Yokadouma, un projet phare à 207 milliards de FCFA en suspens

Parmi les initiatives concernées, un projet d’envergure se distingue par son poids financier. Le Programme de désenclavement et de connectivité des bassins économiques transfrontaliers, destiné à financer la construction de la route Ngoura-Yokadouma dans la région Est du Cameroun, représente à lui seul 265,4 millions d’UC, soit près de 207 milliards de FCFA. Ce montant colossal concentre plus de 71 % des fonds menacés d’annulation. Bien qu’approuvée le 18 février 2026, cette opération cruciale attendait toujours la signature de son accord de prêt lors de la revue.

Cinq autres initiatives se trouvent dans une situation administrative similaire. Le Projet d’appui à l’Université panafricaine, dans sa deuxième phase, bénéficiant de 3,64 millions d’UC du Fonds africain de développement (FAD) et validé le 19 décembre 2024, fait partie des dossiers dont la signature est toujours en attente. À cette liste s’ajoutent l’étude pour l’aménagement hydroélectrique de Minkouma sur le fleuve Sanaga (2,994 millions d’UC), l’étude de la cité universitaire CUA-Y2 (2,320 millions d’UC), et le programme PROSTABLT axé sur la prévention des risques et la stabilisation dans la région du lac Tchad (5,095 millions d’UC).

Un projet régional stratégique, visant la facilitation du transport et du commerce, figure également parmi les dossiers en suspens. Il comprend la construction d’un pont sur le fleuve Ntem, à la frontière avec la Guinée équatoriale. Approuvé le 29 novembre 2023, ce projet combine un prêt de la BAD de 39,97 millions d’UC et un prêt du FAD de 20 millions d’UC, soulignant son importance pour la connectivité transfrontalière.

PARZIK2 : un projet signé à Kribi, mais sans décaissement depuis quinze mois

Le septième dossier révèle une problématique distincte, mais tout aussi pénalisante. Le Projet d’aménagement des routes de désenclavement de la zone industrielle et portuaire de Kribi, connu sous l’acronyme PARZIK2, bénéficie pourtant d’un accord formellement signé. Néanmoins, plus de quinze mois se sont écoulés depuis cette signature sans qu’aucun versement n’ait été effectué sur l’enveloppe de 34 millions d’UC, équivalant à environ 26,54 milliards de FCFA. Ce projet, pourtant vital pour Kribi, un pôle stratégique de la politique industrielle et portuaire du Cameroun, se retrouve ainsi également dans une zone à risque.

Des délais d’exécution largement supérieurs aux standards

Les statistiques dévoilées durant cette revue brossent un tableau inquiétant des processus. Le délai moyen entre l’approbation d’un financement et la signature de l’accord s’élève à douze mois, soit quatre fois le standard de trois mois établi par la BAD. L’entrée en vigueur prend ensuite en moyenne seize mois, contre les cinq mois escomptés. Quant au premier décaissement, il survient en moyenne vingt et un mois après l’approbation initiale, alors que l’objectif est de douze mois. En somme, près de deux années peuvent s’écouler avant que les fonds ne soient concrètement mobilisés sur le terrain pour les projets de développement.

Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, a pleinement admis la gravité de ce constat. Il a identifié plusieurs facteurs contributifs : une préparation souvent lacunaire des projets, des procédures de passation des marchés publics excessivement longues, des lacunes au sein de certaines unités de gestion, et une mobilisation tardive des fonds de contrepartie que l’État camerounais doit fournir pour compléter les financements externes. Ces retards et inefficacités augmentent les coûts des projets et érodent la confiance des partenaires financiers internationaux.

Depuis sa première intervention au Cameroun en novembre 1972, la BAD a soutenu 130 opérations de prêts et de dons, représentant un engagement total d’environ 3 345 milliards de FCFA. Le programme actuel pour la période 2023-2028 prévoit l’approbation de onze nouvelles opérations, pour un volume estimé à 833,8 milliards de FCFA. Cependant, la véritable difficulté réside dans la capacité à transformer ces engagements financiers en réalisations concrètes sur le terrain. Cette conversion demeure, à ce jour, le point faible de la collaboration financière entre Yaoundé et l’institution panafricaine de développement.