15 août 2026

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Cameroun : le Trésor public mobilise 800 milliards F Cfa en six mois

Le Trésor public camerounais a enregistré une collecte de 800,7 milliards de francs Cfa sur le marché intérieur au premier semestre 2026, soit environ 1,4 milliard de dollars. Ces chiffres, issus du dernier rapport de la Caisse autonome d’amortissement (CAA) publié en juillet 2026, reflètent une dynamique budgétaire majeure à l’échelle de la CEMAC. Toutefois, cette performance marque un infléchissement dans la stratégie de financement domestique adoptée par Yaoundé.

Un ralentissement des émissions sur le marché local

Comparé aux 1 525,9 milliards de francs Cfa levés sur l’ensemble de l’exercice 2025, le montant collecté en six mois révèle un ralentissement marqué. Si cette tendance se confirme, l’État camerounais pourrait clôturer l’année autour de 1 600 milliards de francs Cfa, un niveau proche de celui de 2025 mais inférieur aux prévisions initiales. Les adjudications de titres publics (BTA et OTA) semblent avoir été ajustées à la baisse, voire confrontées à une demande plus prudente des investisseurs de la sous-région.

Plusieurs éléments expliquent ce repli. La liquidité bancaire en zone CEMAC, fortement liée aux recettes pétrolières et aux réserves gérées par la BEAC, reste vulnérable aux fluctuations des cours du pétrole. Par ailleurs, la concurrence accrue des émissions souveraines d’autres pays de la sous-région, comme le Gabon, le Tchad ou le Congo-Brazzaville, limite la capacité d’absorption des banques locales, principaux souscripteurs des titres publics.

Une gestion de la dette sous pression

Ce recul s’inscrit dans un contexte où les autorités camerounaises cherchent à maîtriser le coût du service de la dette intérieure. Les taux d’intérêt des émissions récentes en zone CEMAC ont tendance à augmenter, sous l’effet d’une politique monétaire restrictive de la BEAC et d’une prime de risque plus élevée exigée par les investisseurs. Pour le Trésor camerounais, trouver l’équilibre entre volume mobilisé et coût de la dette devient un défi stratégique, d’autant que la maturité des titres influence le profil de refinancement des années à venir.

La CAA, dans ses publications mensuelles, évalue en permanence les besoins de trésorerie liés au budget, aux échéances de dette et aux ressources collectées. Bien que le Cameroun demeure la première économie de la CEMAC, cette position lui impose une responsabilité accrue en matière de signal envoyé aux investisseurs. Un ralentissement maîtrisé peut être perçu comme une gestion prudente, tandis qu’un recul involontaire pourrait nourrir des craintes sur la soutenabilité des finances publiques.

Quels défis pour le second semestre 2026 ?

Le calendrier des adjudications pour les prochains mois sera déterminant pour évaluer la trajectoire d’endettement intérieur. Les opérations à venir devront intégrer les remboursements à venir et les besoins de financement des grands projets d’infrastructures et d’énergie. Le ministère des Finances, dirigé par Louis Paul Motaze, a historiquement combiné financements intérieurs et externes, en s’appuyant sur des partenaires comme le FMI ou la Banque mondiale.

Cependant, la question de la profondeur du marché financier sous-régional reste cruciale. La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) peine à attirer des flux comparables à ceux observés en Afrique de l’Ouest, notamment sur la BRVM. Dans cette optique, la capacité du Trésor camerounais à élargir sa base d’investisseurs, en ciblant des fonds panafricains ou des institutionnels non bancaires, sera un facteur clé pour la réussite de ses futures levées. Les six prochains mois seront donc un test décisif pour la stratégie de financement domestique de Yaoundé.