2 août 2026

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Cameroun : l’impact du gel des agréments miniers sur la filière or artisanale

Le secteur de l’or artisanal au Cameroun fait face à une crise sans précédent. La SONAMINES, l’entité publique chargée de la gestion et de la commercialisation de l’or et des diamants, a récemment interrompu la délivrance ainsi que le renouvellement de plusieurs agréments attribués aux bureaux d’achat. Cette mesure, qui touche directement la filière, a provoqué une vive réaction du SYNAPROBADIOCAM, le syndicat représentant les promoteurs de ces structures.

Ousmanou Aladji Hamadou, président du syndicat, alerte sur les conséquences immédiates de cette suspension. Selon ses estimations, près de deux cents bureaux d’achat se retrouvent dans l’incapacité de poursuivre leurs activités faute d’agrément valide. Cette situation, selon lui, favorise inévitablement l’émergence de circuits illégaux pour la commercialisation des métaux précieux extraits du sol camerounais.

Un blocage administratif aux conséquences imprévues

Initialement, la décision de la SONAMINES visait à renforcer le contrôle sur une filière souvent critiquée pour son manque de transparence. Pourtant, sur le terrain, l’effet produit est tout autre. Sans accès à un canal officiel, l’or artisanal camerounais emprunte désormais des voies informelles pour quitter le pays, échappant ainsi à toute imposition et à toute traçabilité.

Les professionnels concernés, qu’ils soient déjà en activité ou en phase de formalisation, se retrouvent dans une impasse. Privés de tout débouché légal, ils sont contraints soit d’attendre une régularisation, soit de s’orienter vers des filières parallèles. Les pertes pour le Trésor public camerounais, bien que difficiles à quantifier précisément, sont réelles. Parallèlement, le système de traçabilité que les autorités cherchent à instaurer perd en efficacité.

Ce phénomène n’est pas isolé : d’autres nations d’Afrique centrale, de la République centrafricaine au Congo, rencontrent des difficultés similaires pour encadrer l’or artisanal. Les écarts de fiscalité et les zones réglementaires floues alimentent une contrebande transfrontalière qui capte une part importante de la production régionale.

SONAMINES, entre mission de contrôle et blocage opérationnel

Créée pour rationaliser la gestion des ressources minières et centraliser leur commercialisation, la SONAMINES occupe une place centrale dans le dispositif minier camerounais. Elle est chargée de garantir à l’État un droit de préemption sur les métaux précieux tout en structurant les relations avec les acteurs privés du secteur. Cependant, son intervention récente en termes de suspension d’agréments lui vaut désormais de vives critiques.

Pour les représentants du SYNAPROBADIOCAM, cette décision aggrave une situation déjà fragile. Les opérateurs légaux sont privés de leur outil de travail, tandis que les orpailleurs, notamment ceux des régions de l’Est, de l’Adamaoua ou du Nord, voient leur principal moyen d’écouler leur production disparaître. Sans alternative officielle, ces mineurs se tournent vers des acheteurs informels, souvent étrangers, qui exportent l’or sans aucune contrepartie fiscale pour le Cameroun.

Formalisation versus informalité : vers une solution équilibrée ?

Le SYNAPROBADIOCAM exhorte les autorités minières et la SONAMINES à engager un dialogue constructif. L’enjeu est double : relancer la délivrance des agréments dans un cadre mieux défini, et mettre en place un système de contrôle qui ne pénalise pas les acteurs légaux. Le syndicat souligne que la régularisation de deux cents bureaux d’achat pourrait représenter autant de sources potentielles de revenus fiscaux et de points de traçabilité pour l’économie camerounaise.

Cette problématique dépasse le simple cadre corporatiste. Elle interroge la stratégie globale du Cameroun pour valoriser ses ressources minières, longtemps dominées par les hydrocarbures. Avec un encadrement approprié, l’or artisanal pourrait devenir un pilier des recettes publiques et un levier de développement pour les zones rurales.

La question reste entière : les autorités opteront-elles pour un assouplissement conditionnel du gel, ou au contraire pour un durcissement des critères d’agrément ? Dans un cas comme dans l’autre, la crédibilité du système national de commercialisation dépendra de la capacité des pouvoirs publics à concilier rigueur administrative et fluidité économique.