8 juillet 2026

burkina-eveil

Éveillez-vous à l'actualité du Burkina Faso avec un journalisme rigoureux, citoyen et engagé.

Cameroun : l’investissement public dégringole de 74 % au premier trimestre 2026

Le premier trimestre de l’année 2026 a été particulièrement difficile pour les finances publiques du Cameroun, avec une baisse drastique de l’exécution du budget d’investissement. Les données arrêtées à fin mars indiquent que les dépenses d’investissement ordonnancées n’ont atteint que 45 milliards de FCFA. Ce chiffre contraste fortement avec les 175,5 milliards de FCFA enregistrés à la même période l’année précédente, représentant un recul stupéfiant de 130,5 milliards de FCFA en valeur absolue, soit une contraction de 74,4 % en glissement annuel. En conséquence, le taux d’exécution des crédits d’investissement alloués dans la loi de finances 2026 s’est établi à un niveau historiquement bas de 2,5 %, bien en deçà des attentes habituelles, même pour un début d’exercice traditionnellement lent.

PROBMIS IA : une transition technique qui freine les dépenses

Le ministère des Finances (Minfi) attribue une part significative de cette décélération à l’implémentation d’une nouvelle plateforme informatique de gestion budgétaire, baptisée PROBMIS IA, mise en service au début de l’exercice. Le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPBMT) 2027-2029, élaboré en amont du Débat d’orientation budgétaire, confirme que les contraintes techniques liées à ce basculement ont entravé le traitement des opérations. Les dépenses courantes, quant à elles, ont affiché un taux d’exécution légèrement supérieur, atteignant 14,7 % à fin mars, soulignant l’ampleur du défi pour les investissements.

La rupture est particulièrement prononcée pour les investissements financés sur les ressources propres de l’État, dont le taux d’exécution s’est limité à un maigre 0,3 %. Les projets adossés à des ressources extérieures s’en sortent un peu mieux avec 5,2 %, un chiffre qui demeure modeste. Concrètement, la chaîne de la dépense s’est retrouvée engorgée au moment crucial où les administrations devaient initier leurs premiers engagements annuels. Le Minfi reconnaît une responsabilité dans ce démarrage plus lent que d’habitude.

Financements extérieurs : une mobilisation en net repli

En plus des difficultés techniques, le contexte de mobilisation des ressources s’est avéré moins favorable. Les emprunts et dons effectivement perçus à fin mars n’ont totalisé que 137,5 milliards de FCFA, contre 327,6 milliards un an auparavant. Cette diminution représente une chute de 190,1 milliards de FCFA, soit un recul de 58 % en glissement annuel. Ce déclin affecte aussi bien les prêts et dons liés à des projets spécifiques que les appuis budgétaires généraux.

Dans le détail, les prêts destinés aux projets n’ont rapporté que 39,4 milliards de FCFA, loin de la prévision trimestrielle de 206,7 milliards, soit un taux de réalisation de seulement 19 %. Les dons se sont limités à 0,1 milliard de FCFA, bien en deçà des 18,5 milliards escomptés, tandis qu’aucun décaissement d’appui budgétaire n’a été enregistré durant cette période. Cette conjonction de facteurs pèse lourdement sur les investissements dépendants des financements extérieurs, dont le calendrier reste étroitement lié au rythme de décaissement des bailleurs.

Au total, les ressources budgétaires mobilisées par l’État camerounais se sont élevées à 1 331,4 milliards de FCFA à fin mars, sur un objectif annuel de 8 683,9 milliards. Le taux de réalisation atteint 15,3 %, contre 19,6 % un an plus tôt. Du côté des dépenses, l’ordonnancement global a atteint 1 547,1 milliards de FCFA, en baisse de 2,9 % par rapport aux 1 593,2 milliards enregistrés l’année précédente. Les dépenses courantes, hors intérêts, ont également diminué de 80,5 milliards, s’établissant à 566,1 milliards de FCFA.

Un risque tangible pour les projets structurants de la SND30

Le premier trimestre est traditionnellement une période où la consommation des crédits d’investissement est modérée, en raison des délais de passation des marchés et de la montée en puissance progressive des chantiers. Cependant, l’ampleur du décrochage constaté cette année dépasse largement les schémas habituels. Un tel retard, s’il devait perdurer, exercerait une pression considérable sur le calendrier des projets d’infrastructures essentiels inscrits dans la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30).

Les secteurs les plus dépendants de la commande publique se trouvent en première ligne. Le bâtiment et les travaux publics (BTP), les matériaux de construction, l’ingénierie et les transports sont étroitement liés à la capacité de l’État à ordonnancer les dépenses d’équipement dans les délais impartis. Une exécution durablement inférieure aux prévisions aurait des répercussions directes sur les trésoreries des entreprises attributaires et sur la dynamique de l’activité économique nationale.

L’enjeu majeur pour les autorités camerounaises est désormais de résoudre rapidement les frictions techniques liées à PROBMIS IA et d’accélérer la mobilisation des financements extérieurs. Cette double capacité d’ajustement sera indispensable pour rattraper le retard accumulé au cours des trois premiers mois de l’année.