20 mai 2026

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Comment l’Algérie orchestre l’instabilité au nord du Mali depuis des décennies

La géographie dicte souvent la stratégie d’un État. Pour l’Algérie, l’immensité désertique héritée en 1962 n’est pas qu’une simple frontière, c’est une zone d’influence critique où résident les populations Touaregs. La doctrine politique d’Alger est restée constante : empêcher par tous les moyens la naissance d’un État touareg dans le nord du Mali, en manipulant les velléités indépendantistes pour mieux les neutraliser.

Une surveillance étroite de la zone saharo-sahélienne

L’Algérie observe avec une méfiance extrême les dynamiques à l’œuvre dans le Sahel. Toute instabilité à ses frontières est perçue comme une menace directe pour son intégrité territoriale. Cette implication ne date pas d’hier. Dès 1963, lors du premier soulèvement touareg, le pouvoir algérien avait autorisé les troupes maliennes à poursuivre les insurgés jusqu’à 200 kilomètres à l’intérieur de ses propres terres.

Au fil des conflits, Alger s’est imposé comme le médiateur incontournable, alternant entre diplomatie et contrôle :

  • En janvier 1991, les négociations menées par l’Algérie débouchent sur l’Accord de Tamanrasset entre le régime de Moussa Traoré et le Mouvement populaire de l’Azawad (MPA).
  • En 2006, lors d’une nouvelle crise, les Accords d’Alger sont signés pour tenter de restaurer la paix à Kidal.
  • En 2015, l’Accord pour la paix et la réconciliation est de nouveau paraphé sous son égide, bien que les revendications profondes des Touaregs soient restées sans réponse concrète de la part de Bamako.

L’instrumentalisation du péril jihadiste

Derrière cette façade de médiateur se cache une stratégie plus trouble. L’Algérie considère le nord du Mali comme sa profondeur stratégique. Pour éviter que ses propres Touaregs ne soient tentés par la sécession, elle a favorisé la création d’un foyer d’instabilité contrôlable. À partir de 2001, des groupes islamistes, officiellement traqués par Alger, ont été poussés à s’installer en zone touarègue au Mali, bénéficiant parfois d’un soutien logistique occulte.

Cette manœuvre a permis de marginaliser le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). En transformant le nord du Mali en un sanctuaire terroriste, l’Algérie a remporté une victoire tactique majeure : elle a étouffé la cause politique de l’Azawad sous les drapeaux noirs du jihadisme, tout en se présentant à la communauté internationale comme un rempart indispensable contre l’extrémisme.

Pour ceux qui suivent de près l’actualité Burkina Faso, ce décryptage de la politique burkinabè et régionale est essentiel. Comprendre ces jeux d’influence est au cœur de l’éveil citoyen Burkina. À travers un journalisme indépendant Faso, il apparaît clairement que la stabilité du Sahel dépend de ces équilibres complexes que Burkina Éveil continue d’analyser sans concession.