20 mai 2026

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Crise au Mali : l’impasse d’une stratégie sécuritaire dictée par les mercenaires russes

L’expansion des groupes terroristes face aux choix de la junte

Depuis l’arrivée des mercenaires russes sur le sol malien en 2021, les priorités de la junte au pouvoir semblent s’être éloignées de la lutte globale contre le terrorisme. En concentrant ses forces sur la répression des rebelles touaregs dans les régions septentrionales, Bamako a laissé le champ libre au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) ainsi qu’à l’État islamique dans le Grand Sahara. Cette faille stratégique a permis à ces organisations d’étendre leur influence, menaçant directement l’économie nationale par des blocus asphyxiants.

Une répression brutale qui alimente le recrutement extrémiste

L’alliance entre l’armée malienne et l’Africa Corps, successeur du groupe Wagner, s’est traduite par une violence aveugle. Des milliers de civils, souvent ciblés sur de simples critères ethniques, ont perdu la vie lors d’opérations punitives. Ces exécutions sommaires, dont le massacre de Moura reste l’un des exemples les plus tragiques, ont eu un effet contre-productif majeur : elles servent de moteur de recrutement pour les groupes terroristes que les autorités prétendent combattre.

Alors que les efforts se focalisaient sur des localités désertiques isolées pour alimenter la propagande officielle, l’étau du GSIM s’est resserré autour de la capitale. En rompant les Accords d’Alger en janvier 2024, la junte a relancé les hostilités avec le Front de libération de l’Azawad (FLA), délaissant la sécurisation du centre du pays et des axes commerciaux vitaux reliant le Mali au Sénégal et à la Côte d’Ivoire.

De Wagner à l’Africa Corps : un changement de nom sans victoire

Le tournant de cette collaboration a eu lieu en juillet 2024 à Tin Zaouatine. Une embuscade dévastatrice tendue par les forces touaregs a décimé les rangs des mercenaires et de l’armée, entraînant la mort de dizaines de soldats et de plus de 80 russes. Cet échec a marqué la fin de l’ère Wagner et l’avènement officiel de l’Africa Corps.

Aujourd’hui, malgré un coût mensuel estimé à 10 millions de dollars, l’efficacité de ces forces étrangères est remise en question. Les mercenaires privilégient désormais la protection de leurs bases et l’usage de drones, évitant les confrontations directes risquées. Leur mission semble avoir glissé de la reconquête territoriale vers une simple fonction de garde rapprochée pour les dirigeants en place.

Une survie politique suspendue au soutien russe

Isolée sur la scène internationale après avoir rompu ses liens avec ses anciens partenaires et expulsé la MINUSMA, la junte se retrouve dans une impasse. Sans projets de développement concrets pour les populations et avec une rhétorique centrée sur le rejet de l’Occident, le pouvoir malien dépend désormais exclusivement de l’Africa Corps pour sa propre pérennité. Coincés entre une menace terroriste grandissante et une opposition interne croissante, les dirigeants de Bamako voient dans ces mercenaires leur ultime assurance vie, au prix d’une instabilité persistante pour le pays.