1 août 2026

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Crise migratoire de Ceuta : le Maroc accusé de pression politique sur l’Espagne

crise migratoire de Ceuta : le Maroc accusé de pression politique sur l’Espagne

En moins de 24 heures, près de 60 000 migrants ont franchi illégalement la frontière de Ceuta, une enclave espagnole située au Maroc. Une situation inédite qui soulève des questions sur les motivations politiques derrière cet afflux.

Migrants arrivant à Ceuta après avoir traversé à la nage la frontière maroco-espagnole

Des milliers de Marocains ont traversé à la nage ou par les collines pour rejoindre Ceuta, quelques jours après la visite du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez en Algérie. Une situation rappelant celle de 2021, où près de 9 000 personnes avaient franchi la frontière après l’accueil en Espagne du leader du Front Polisario.

Un chaos sans précédent à la frontière

La police marocaine a tenté de bloquer l’accès routier, mais des familles entières, des jeunes et même des personnes à mobilité réduite ont contourné les obstacles pour atteindre Ceuta. Les autorités espagnoles assurent que les relations bilatérales restent solides, avec une coordination migratoire qualifiée d’« intense » et un accord de rapatriement des migrants illégaux déjà en place.

Une décision judiciaire exploitée par les réseaux de traite ?

Le ministère de l’Intérieur espagnol attribue cette crise à des réseaux de traite exploitant une récente décision de la Cour suprême. Cette dernière stipule que toute personne entrant sur le territoire espagnol doit bénéficier d’une assistance juridique et d’un examen individuel de sa situation. Ruth Ferrero, politologue à l’Institut Complutense d’études internationales, précise que cette interprétation est « malencontreuse » : « Il s’agit simplement d’appliquer le droit international en matière d’asile, sans ouvrir la porte à un ‘libre accès’. Le rapatriement reste possible, comme le confirment les autorités. »

Un schéma récurrent depuis 2021

En mai 2021, près de 9 000 migrants avaient franchi la frontière en représailles à l’hospitalisation en Espagne du leader du Front Polisario, Brahim Ghali. Des rapports ultérieurs évoquaient des rumeurs diffusées au sein des communautés migrantes sur une supposée levée des contrôles par les autorités marocaines. Haizam Amirah Fernández, directeur du Centre d’études arabes contemporaines, souligne un « schéma » : « Les autorités marocaines utilisent les mouvements migratoires comme levier politique, notamment en cas de tensions diplomatiques. »

Ruth Ferrero met cependant en garde : « Il serait prématuré d’attribuer systématiquement ces pressions à une stratégie politique. Les réseaux de désinformation et les mafias jouent un rôle clé dans ces crises. »

Un contexte diplomatique tendu

L’afflux de migrants survient une semaine après la visite de Pedro Sanchez en Algérie, pays avec lequel l’Espagne renforce ses liens énergétiques, notamment sur l’approvisionnement en gaz. « Cette coïncidence temporelle est frappante », analyse Amirah Fernández. « Les rivalités entre le Maroc et l’Algérie remontent à des décennies. Pour Rabat, toute amélioration des relations entre Madrid et Alger est perçue comme une menace. »

Le Maroc, selon l’expert, adopte une approche de « jeu à somme nulle » : « Si l’Espagne se rapproche de l’Algérie, c’est au détriment du Maroc, et inversement. »

Le Sahara occidental, épicentre des tensions

Les relations entre l’Espagne et le Maroc sont marquées par des crises récurrentes, souvent liées au Sahara occidental. En décembre 2020, Rabat avait suspendu ses relations diplomatiques avec Madrid après la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur ce territoire. Quelques mois plus tard, l’Espagne avait accueilli Brahim Ghali pour des soins, déclenchant une crise frontalière.

« La relation hispano-marocaine est complexe et souvent conflictuelle », explique Amirah Fernández. « Le Maroc privilégie une diplomatie assertive, avec des décisions prises par un cercle restreint et une utilisation fréquente de la force. »

Depuis 1956, le Maroc occupe 80 % du Sahara occidental, tandis que le Front Polisario gère les 20 % restants. Le conflit s’est intensifié après la reconnaissance américaine de 2020, poussant l’Espagne à revoir sa position historique sur la question.

En 2022, Pedro Sanchez avait écrit une lettre à Mohamed VI, exprimant pour la première fois un soutien à l’autonomie du Sahara au sein du Maroc. « Cette lettre marque un tournant : l’Espagne abandonne sa neutralité pour une préférence pro-marocaine, sans pour autant reconnaître officiellement la souveraineté marocaine sur le territoire. »

Le rôle des réseaux sociaux dans la crise

Une étude récente de l’Observatoire nordique des droits de l’homme révèle que 81 % des jeunes interrogés au Maroc estiment que les réseaux sociaux présentent la migration irrégulière comme « une solution viable pour améliorer leur quotidien ». Parmi eux, 78,4 % affirment trouver facilement des publications promouvant ce type de voyage, tandis que 74,2 % suivent des pages offrant des conseils pratiques.