13 juillet 2026

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Defis internes pour le pastef face à l’aura de sonko

Le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature et la refonte du gouvernement ont marqué un tournant dans l’histoire politique récente du Sénégal. Pour la première fois depuis 2024, le parti Pastef-Les Patriotes se trouve confronté à une crise majeure, illustrée par des départs de figures clés, des divergences stratégiques entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et le président du parti, ainsi que par l’émergence annoncée d’une nouvelle formation politique autour du chef de l’État.

une crise révélatrice de tensions politiques profondes

À première vue, ces événements pourraient suggérer un affaiblissement du Pastef. Pourtant, une analyse approfondie révèle une réalité plus nuancée. La première observation concerne l’érosion des élites dirigeantes du parti : plusieurs ministres, conseillers, directeurs généraux et députés ont choisi de soutenir le président Diomaye Faye plutôt que de suivre la ligne défendue par Ousmane Sonko. Cette situation illustre un conflit classique entre deux formes de légitimité politique : la légitimité légale-rationnelle, liée à l’exercice du pouvoir institutionnel, et la légitimité charismatique, fondée sur le charisme exceptionnel d’un leader.

Depuis son accession à la magistrature suprême, Bassirou Diomaye Faye tire son autorité de la Constitution et de sa fonction présidentielle. En revanche, Ousmane Sonko continue de mobiliser les militants grâce à une relation affective et politique tissée sur plus d’une décennie. Certains dissidents justifient leur ralliement au président en affirmant que ce dernier incarne désormais le « Projet » politique du Pastef. Ils dénoncent également une personnalisation excessive du parti autour de Sonko, évoquant un fonctionnement marqué par un leadership autoritaire et un faible niveau de démocratie interne.

le capital politique des dissidents : entre institution et électorat

Cette interprétation se heurte cependant à une autre réalité : les départs concernent principalement des responsables administratifs ou des cadres ayant acquis leur notoriété grâce au parti, souvent sous l’impulsion d’Ousmane Sonko. Pour une grande partie de l’opinion, ces dissidents restent des « objets politiques non identifiés » (OPNI), c’est-à-dire des personnalités dont la visibilité dépend largement du charisme de Sonko. Peu d’entre eux disposent d’un ancrage territorial solide ou d’une base électorale autonome comparable à celle des grandes figures politiques sénégalaises. Leur capital politique semble davantage institutionnel que militant.

Pastef, quant à lui, reste avant tout un parti de masse, structuré autour de milliers de militants qui financent l’organisation grâce à leurs cotisations et assurent sa présence sur l’ensemble du territoire. La perte de quelques élites politiques ne remet donc pas nécessairement en cause sa capacité organisationnelle. Les récents événements semblent confirmer cette analyse : le Congrès du 6 juin, qui a reconduit Ousmane Sonko à la tête du parti à l’unanimité, ainsi que son investiture populaire le 7 juin à la Dakar Arena, ont démontré une mobilisation militante forte, en l’absence des dissidents. De même, le lancement de la vente des cartes de membre le 4 juillet a suscité un engouement significatif, tandis que la fusion de plus d’une soixantaine de partis et mouvements avec Pastef à la veille du Congrès a renforcé sa dynamique.

Cette résilience s’explique principalement par la nature de la légitimité charismatique d’Ousmane Sonko. Selon la typologie de Max Weber, cette forme de légitimité repose sur la croyance des partisans dans les qualités exceptionnelles d’un leader. Une grande partie des militants de Pastef ne se définit pas seulement comme « pastefienne », mais comme « sonkiste ». Cette personnalisation du lien politique rappelle, dans une certaine mesure, la relation qui unissait Abdoulaye Wade à une partie de l’électorat du Parti démocratique sénégalais (PDS). Toutefois, le phénomène Sonko va encore plus loin : il a permis l’élection de maires en 2022, porté Bassirou Diomaye Faye à la présidence en 2024 et conduit une liste remportant 130 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale, une performance sans précédent dans l’histoire politique contemporaine du Sénégal.

les risques d’une fragmentation politique

Pour autant, il serait prématuré de sous-estimer les risques liés à ces dissidences. Toute fragmentation d’un parti majoritaire peut affecter sa cohésion, son efficacité et sa crédibilité. L’émergence d’un parti présidentiel concurrent pourrait attirer des élus soucieux de préserver leur accès aux ressources de l’État, selon une logique de transhumance politique observée dans plusieurs systèmes africains. La coexistence de deux centres de légitimité – l’un institutionnel autour du président de la République, l’autre partisan autour du président de Pastef – est susceptible d’alimenter durablement des tensions.

Néanmoins, les faits disponibles indiquent que la crise touche davantage les élites que les militants. Aucun mouvement massif de départs au niveau des bases locales n’est observé. L’identité politique construite par Pastef depuis sa création, fondée sur le militantisme, le patriotisme économique et la mobilisation populaire, semble continuer à structurer les loyautés partisanes.

En définitive, la crise actuelle révèle moins un effondrement du Pastef qu’une confrontation entre deux sources de légitimité : celle, légale-rationnelle, du président Bassirou Diomaye Faye, et celle, charismatique, d’Ousmane Sonko, enracinée dans une relation politique et affective avec les militants. L’avenir du parti dépendra de la capacité de chacune de ces légitimités à se transformer en force électorale durable.

La question centrale reste donc la suivante : le charisme de Sonko conserve-t-il toute sa puissance politique ? Autrement dit, Ousmane Sonko est-il encore capable de faire élire des maires, des députés et, à terme, un président de la République ? La réponse à cette question déterminera non seulement l’avenir du Pastef, mais aussi la recomposition du paysage partisan sénégalais dans les années à venir.