15 juillet 2026

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Diplomatie malienne et algérienne : un nouveau départ après des mois de tensions

Rapprochement Mali-Algérie : une opportunité pour réinventer la lutte antiterroriste au Sahel ?

Le Mali et l’Algérie viennent de tourner une page douloureuse de leurs relations bilatérales. Après plus d’un an d’affrontements verbaux et de rupture diplomatique, les deux pays ont annoncé vendredi dernier le rétablissement de leurs liens et la réouverture de leurs espaces aériens. Une décision qui surprend d’autant plus que les tensions avaient atteint leur paroxysme en avril 2025, avec l’incident du drone abattu au-dessus du territoire malien, chacun accusant l’autre de complicité avec les groupes armés à la frontière.

Le président de transition du Mali, le général Assimi Goïta, lors d'un sommet de l'Alliance des États du Sahel à Bamako en décembre 2025.

Ce dégel intervient dans un contexte régional particulièrement complexe. Les autorités maliennes de transition, au pouvoir depuis près de six ans, avaient rompu l’accord de paix de 2015 négocié à Alger. Elles rejettent toute idée de dialogue avec les groupes armés, qu’ils soient jihadistes ou indépendantistes, et privilégient une approche purement militaire. Pourtant, cette stratégie n’a pas permis d’endiguer la montée des violences. L’Algérie, de son côté, a toujours adopté une position équilibrée, refusant de s’aligner totalement sur Bamako ou sur les groupes armés, tout en maintenant des contacts avec ces derniers pour préserver son influence régionale.

Un rôle clé du Niger dans ce rapprochement

Selon les analyses de Michaël Béchir Ayari, spécialiste de l’Algérie et chercheur à l’International Crisis Group, le Niger aurait joué un rôle central dans ce dégel. Après avoir lui-même renoué avec Alger en début d’année, Niamey aurait servi de médiateur discret entre Bamako et Alger. Bien que les rumeurs évoquent une possible implication de la Russie, l’expert estime que Moscou n’a pas directement influencé cette décision, même si des discussions entre Alger et Moscou ont probablement eu lieu.

« Le Niger a été un acteur clé dans cette médiation, même si les détails restent flous », souligne-t-il. « Ce rapprochement s’inscrit dans une logique de réalisme politique ». En effet, personne ne souhaite voir le Mali s’effondrer, et l’Algérie, comme le Niger, a tout intérêt à stabiliser la situation.

Un deal politique en construction

Pour que cette détente soit durable, les deux pays devront inclure des clauses précises. Le primat du politique sur le militaire doit être une condition sine qua non de cet accord, estime l’analyste. Même si le retour à l’accord d’Alger de 2015 semble improbable, une initiative politique pourrait émerger, notamment avec les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA).

« L’État malien se délite, et personne n’a intérêt à ce que le Mali tombe, y compris l’Algérie », explique Michaël Ayari. Une implication d’Alger, qui entretient des contacts avec certains leaders du FLA, pourrait permettre de calmer les tensions. Cependant, cette évolution reste conditionnée à de nombreux facteurs : la coordination sécuritaire, l’échange de renseignements, et surtout, le respect des engagements par toutes les parties.

Des zones d’ombre à éclaircir

Plusieurs questions persistent. L’Algérie a-t-elle réellement changé sa position vis-à-vis des groupes armés ? La présence en Algérie de l’imam Mahmoud Dicko, opposant malien en exil, sera-t-elle remise en cause ? Et comment Bamako justifiera-t-il sa reconnaissance récente du plan marocain pour le Sahara occidental, une décision qui a été mal perçue à Alger ?

« Si l’accord tient, l’imam Dicko devra probablement se montrer plus discret. Mais une extradition est peu probable. En revanche, si le deal échoue, il reprendra inévitablement la parole », précise l’expert. Quant à la question sahraouie, le Mali a fait une concession au Maroc sans obtenir de contreparties significatives. Alger n’a donc aucune raison de modifier sa position sur ce dossier.

Un dégel crédible ou une simple trêve diplomatique ?

Pour Michaël Ayari, ce rapprochement n’est pas une simple péripétie. « Lorsqu’un communiqué de ce type est publié, cela signifie qu’un accord profond a été trouvé. Mais la route sera semée d’embûches ». Plusieurs éléments pourraient compromettre cette détente : une escalade des violences de la part du Jnim, des tensions internes au sein du régime malien, ou encore des pressions internationales.

Les prochaines étapes seront déterminantes. Si le deal est respecté, les premiers signes concrets devraient apparaître rapidement : un renforcement de la coopération sécuritaire, un échange accru de renseignements, et une implication active d’Alger dans les négociations. Pour l’instant, tout reste à faire, mais l’initiative est encourageante dans un contexte où la stratégie purement militaire a montré ses limites.

Une chose est sûre : dans cette région du Sahel où chaque acteur tente de préserver ses intérêts, les cartes sont en train d’être redistribuées. Le Mali et l’Algérie ont aujourd’hui l’opportunité de réinventer leur relation, mais le chemin vers une paix durable sera long et semé d’embûches.