15 juillet 2026

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Diplomatie russe et ukrainienne : la guerre s’étend sur le continent africain

Une mission diplomatique en Afrique de l’Est se transforme en nouvelle arène de confrontation verbale entre Moscou et Kiev. Le 10 juillet, lors d’un déplacement à Bujumbura, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a accusé des citoyens ukrainiens de soutenir le groupe armé M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, en collaboration avec les autorités congolaises et le Burundi. Dès le lendemain, Kiev a catégoriquement rejeté ces allégations.

Des accusations non étayées formulées en terre burundaise

Lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue burundais Édouard Bizimana, à l’issue d’un entretien avec le président Évariste Ndayishimiye — alors président en exercice de l’Union africaineLavrov a évoqué une implication ukrainienne dans le soutien au M23. « Ces soutiens étrangers incluent des ressortissants ukrainiens », a-t-il déclaré sans fournir la moindre preuve ni préciser la nature de cette implication. Depuis janvier 2025, le mouvement armé, sous sanctions onusiennes, étend son emprise sur les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu après avoir pris le contrôle de Goma. Plusieurs rapports d’experts de l’ONU confirment par ailleurs son approvisionnement par les Forces de défense rwandaises.

Le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Heorhii Tykhyi, a qualifié ces déclarations de « désinformation totale ». Il a contre-attaqué en accusant Moscou de violer les sanctions internationales en armant des groupes armés et en recrutant des ressortissants africains pour combattre en Ukraine. Selon lui, la Russie chercherait ainsi à fragiliser les efforts de médiation américains dans la région des Grands Lacs.

Le précédent malien, une ombre sur la crédibilité de Kiev

Fin juillet 2024, une colonne composée de mercenaires du groupe Wagner et de soldats maliens a été prise dans une embuscade tendue par des rebelles touaregs et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) dans le nord du Mali. Les assaillants revendiquent des pertes importantes des deux côtés. Le 29 juillet, le porte-parole du renseignement militaire ukrainien (GUR), Andriï Yusov, a affirmé sur la chaîne publique Suspilne que les assaillants avaient reçu « toutes les informations nécessaires » de ses services. Kiev est cependant revenu sur ces propos sans parvenir à rassurer ni Bamako ni Niamey. Dès août 2024, le Mali et le Niger ont rompu leurs relations diplomatiques avec l’Ukraine, une décision suivie par le Burkina Faso. Depuis, Bamako a porté cette affaire devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Un scénario répété au Soudan

Le conflit qui déchire le Soudan depuis avril 2023 entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR) a également vu émerger des allégations similaires. À la fin de l’année 2023, plusieurs médias ont évoqué la présence d’une unité spéciale du GUR appelée « Timur », sans confirmation officielle de Kiev. Des vidéos circulant en janvier 2024 montraient des frappes de drones attribuées à ces forces, ciblant des combattants présentés comme des mercenaires russes et leurs alliés locaux. En octobre 2025, l’armée soudanaise a annoncé avoir éliminé des combattants étrangers, colombiens et ukrainiens, aux côtés des FSR lors des combats à El-Fasher.

Ces deux précédents historiques rendent le démenti ukrainien concernant la RDC particulièrement fragile. Au Mali, un porte-parole officiel avait revendiqué une implication avant de se rétracter. Au Soudan, l’ambiguïté persiste sans résolution. Concernant le M23, aucune source ukrainienne, officielle ou non, n’a encore établi de lien concret. Le dossier congolais reste donc à ce jour sans preuve tangible, tandis que Lavrov poursuit sa tournée diplomatique en prélude au troisième Sommet Russie-Afrique, prévu à Moscou les 28 et 29 octobre.