30 juin 2026

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Gabon : les techniciens de la SEEG enfin entendus par le chef de l’État

Politique

Gabon : les techniciens de la SEEG enfin entendus par le chef de l’État

Libreville, mardi 30 juin 2026 – Depuis des années, les discussions autour de la crise de l’eau et de l’électricité au Gabon se focalisent sur les conséquences : coupures incessantes, pénuries d’eau, délestages et mécontentement général. Mais une question fondamentale reste trop souvent négligée : ceux qui connaissent le mieux les réseaux, les installations et les contraintes techniques ont-ils vraiment été écoutés ?

La rencontre organisée cette semaine entre le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema et les agents de la SEEG au Centre des Métiers Jean Violas d’Owendo pourrait marquer un tournant dans la compréhension de cette crise nationale. Pendant près de trois heures, le chef de l’État a accepté d’entendre directement ceux qui, sur le terrain, vivent au quotidien les réalités techniques.

Le constat livré par les agents est sans équivoque. Au-delà du vieillissement des infrastructures, l’un des problèmes les plus profonds de la SEEG réside dans la marginalisation progressive de l’expertise technique dans les processus de décision.

La parole des techniciens au cœur du diagnostic

Un agent, qui s’est exprimé lors de l’échange, a rappelé que les techniciens sont souvent les premiers à constater les défaillances, à identifier les risques et à proposer des solutions, mais leurs recommandations ne sont pas toujours prises en compte dans les arbitrages stratégiques. Derrière cette critique se dessine une réalité observée dans de nombreuses entreprises publiques : lorsque les décisions s’éloignent des réalités opérationnelles, les dysfonctionnements s’accumulent jusqu’à devenir structurels.

Électriciens, électromécaniciens, ingénieurs réseaux, spécialistes de l’eau et de la maintenance ont décrit un système où l’expertise technique n’occupe pas toujours la place qu’elle mérite dans la chaîne de décision. Le parallèle avec certaines grandes entreprises internationales est frappant. Les crises traversées par Boeing ont montré ce qui se produit lorsque les impératifs administratifs ou financiers prennent le dessus sur les exigences techniques. À l’inverse, des groupes comme Mercedes ont construit leur réussite sur l’influence déterminante des ingénieurs dans les choix stratégiques.

L’eau, un défi de conception autant que de production

Les échanges ont également éclairé plusieurs réalités méconnues du grand public. Concernant l’approvisionnement en eau, les agents ont expliqué que les difficultés ne proviennent pas uniquement des coupures ou des installations vieillissantes. La question de la pression constitue un facteur déterminant : lorsque les volumes disponibles diminuent, la pression chute mécaniquement, empêchant l’eau d’atteindre certains quartiers ou certains étages. Cette situation est aggravée durant la saison sèche, car la ressource exploitée à partir de la rivière de Ntoum subit l’étiage, réduisant le niveau et le débit disponibles.

Cette réalité relance une interrogation stratégique : pourquoi ne pas profiter de la refondation actuelle du secteur pour engager une réflexion sur un captage plus important relié au fleuve Kango, dont les volumes sont nettement plus abondants et stables toute l’année ? Une telle orientation nécessiterait des investissements considérables, mais elle correspond à la logique des infrastructures structurantes nécessaires à un pays en croissance.

La réforme ne réussira qu’avec les compétences

La création prochaine de la Gabonaise des Eaux et d’Électricité du Gabon constitue une occasion historique. Rarement le pays n’a disposé d’une telle opportunité pour rebâtir intégralement deux entreprises stratégiques. Mais la réussite de cette transformation ne dépendra pas uniquement des financements ou des équipements. Elle reposera surtout sur la capacité à replacer les compétences techniques au cœur du système.

L’échange direct entre le chef de l’État et les agents a démontré une chose essentielle : les réponses existent souvent déjà à l’intérieur même des organisations. Elles se trouvent chez les femmes et les hommes qui conçoivent, entretiennent et exploitent quotidiennement les infrastructures. Le véritable enseignement de cette rencontre est peut-être là. Les futures entités appelées à succéder à la SEEG devront s’appuyer davantage sur leurs ingénieurs, leurs techniciens et leurs spécialistes. Car dans des secteurs aussi sensibles que l’eau et l’électricité, les infrastructures peuvent être financées par l’État, mais seules l’expertise, l’écoute du terrain et la compétence permettent de garantir durablement le service public. C’est probablement la leçon la plus importante que le Gabon peut tirer aujourd’hui de sa crise énergétique et hydraulique.