2 juin 2026

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Gestion de la dette en Afrique : l’expertise du Bénin comme levier de souveraineté

Le poids de l’endettement sur le continent africain atteint désormais un seuil critique. Pour la première fois entre 2021 et 2023, les montants alloués au remboursement des créances ont surpassé les investissements dans le secteur éducatif. En 2024, le service de la dette mobilise près de 18 % des ressources publiques en Afrique, un chiffre qui a triplé depuis 2010. Face à cette pression financière inédite, la viabilité des finances publiques est devenue la priorité absolue des décideurs économiques.

Dans ce contexte de forte tension, le Bénin se distingue par une stratégie proactive. Loin de subir les fluctuations des marchés ou de dépendre uniquement de l’aide extérieure, Cotonou a érigé la gestion de ses engagements financiers en une véritable expertise technique et stratégique.

Le Bénin, pionnier d’une gestion active de la dette publique

Sous l’impulsion du ministère de l’Économie et des Finances, dirigé par Romuald Wadagni, le passif souverain est traité comme un levier stratégique. La Caisse autonome d’amortissement (CAA) s’est métamorphosée en un pôle d’excellence où chaque décision est guidée par une analyse fine des coûts, des échéances et des opportunités de marché. Le pays n’agit plus seulement en emprunteur, mais en véritable investisseur sur l’échiquier financier international.

Cette rigueur a permis de réaliser des opérations financières novatrices. Le Bénin a notamment réussi l’émission d’une obligation souveraine en euros sur 14 ans, une performance rare pour un pays de sa catégorie. En utilisant des mécanismes de rachat anticipé, des swaps pour stabiliser les remboursements ou encore des financements verts et sociaux, l’administration béninoise parvient à réduire le coût de son portefeuille tout en allongeant la durée de ses emprunts.

Une crédibilité bâtie sur la discipline budgétaire

Le succès du modèle béninois repose sur une solidité budgétaire reconnue par les institutions internationales et les agences de notation. Grâce à un déficit public maîtrisé et une transparence rigoureuse, le pays bénéficie d’un accès privilégié aux marchés financiers. Cette clarté dans la communication financière permet de limiter les primes de risque, contrairement à d’autres nations africaines confrontées à des coûts d’emprunt prohibitifs.

Malgré tout, le Bénin reste exposé aux aléas de l’économie mondiale, tels que le durcissement des politiques monétaires des banques centrales ou la volatilité des taux de change. Cependant, sa gouvernance disciplinée offre un rempart contre ces chocs extérieurs, évitant ainsi les pièges d’un endettement désordonné.

Les enseignements d’une stratégie de souveraineté

L’exemple béninois offre plusieurs leçons aux autres États du continent. Le premier pilier est la professionnalisation : la gestion de la dette ne doit plus être une simple tâche administrative, mais une fonction dédiée, dotée d’outils de pilotage et d’équipes hautement qualifiées aux standards internationaux.

Ensuite, la diversification des sources de financement est essentielle. En combinant les marchés régionaux de l’UEMOA, les émissions obligataires internationales et les prêts concessionnels, le Bénin répartit ses risques et optimise ses opportunités. Enfin, cette réussite est indissociable d’une volonté politique forte et d’une coordination constante entre la présidence et les autorités financières.

À une époque où le remboursement de la dette entre en concurrence directe avec les besoins sociaux fondamentaux, la modernisation de cette fonction financière devient un impératif de souveraineté nationale pour l’ensemble des économies africaines.