20 mai 2026

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Guerre de territoires dans la forêt de Sambisa : l’affrontement entre Boko Haram et la PAOEI

Un sanctuaire naturel devenu champ de bataille

Vaste étendue de 60 000 km² située dans le Nord-Est du Nigeria, la forêt de Sambisa a perdu son éclat d’antan. Autrefois réserve naturelle prisée des visiteurs, elle est aujourd’hui vidée de sa faune, remplacée par des combattants de factions rivales et les forces armées lancées à leur poursuite.

Le Groupe sunnite pour la prédication et le djihad (JAS), plus connu sous le nom de Boko Haram, et la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) se livrent une lutte sans merci pour le contrôle de cette zone depuis leur scission en 2016. Les derniers échos du terrain font état d’une recrudescence violente des affrontements entre ces deux entités.

Un enjeu stratégique majeur

L’attrait pour Sambisa réside dans sa physionomie. Sa végétation dense et sa canopée protectrice offrent des cachettes idéales pour établir des bases arrière, lancer des offensives et verrouiller les routes commerciales et de trafic. Pour le JAS, ce conflit a d’abord été une question de survie. Pourtant, malgré leur hostilité mutuelle, les deux organisations ont fait preuve d’une résilience inquiétante, conservant une force de frappe réelle face à l’armée nigériane et à la Force multinationale mixte.

Des combats acharnés sont régulièrement signalés dans et autour de la forêt. Si les bilans humains revendiqués par chaque camp sont difficiles à vérifier, ils témoignent de la brutalité d’une rivalité qui se superpose à leur insurrection globale contre l’État.

Des méthodes divergentes pour un impact régional lourd

Depuis le début de l’insurrection de Boko Haram en 2009, la crise s’est étendue au Cameroun, au Niger et au Tchad. Le bilan humain est dramatique : plus de 40 000 civils ont perdu la vie et 2 millions de personnes ont été contraintes au déplacement.

Sur le terrain, les deux groupes affichent des visages différents. Le JAS privilégie les enlèvements, les pillages et les raids meurtriers. À l’inverse, la PAOEI cherche à administrer des territoires, à collecter des impôts et à instaurer une forme de gouvernance alternative, tout en faisant preuve d’une cruauté extrême.

Vers une impasse sanglante ?

Malgré les opérations de contre-terrorisme, les insurgés parviennent à maintenir leurs réseaux de communication et leurs capacités logistiques au cœur de ces enclaves forestières. Paradoxalement, ce duel fratricide représente à la fois un défi pour la sécurité régionale, par son imprévisibilité, et une opportunité, car il pourrait briser la cohésion des mouvements djihadistes.

Toutefois, la focalisation des forces de défense sur la PAOEI a parfois laissé le champ libre au JAS pour se réorganiser. Il est désormais crucial de percevoir le JAS comme une menace autonome et évolutive. L’avenir semble se dessiner sous la forme d’une impasse : si la PAOEI dispose d’un avantage numérique et logistique certain, le bastion du JAS à Barwa reste difficile d’accès, rendant une victoire totale de l’un sur l’autre peu probable à court terme.