4 juin 2026

burkina-eveil

Éveillez-vous à l'actualité du Burkina Faso avec un journalisme rigoureux, citoyen et engagé.

Journée ville morte en RDC contre le projet de révision constitutionnelle : un bras de fer s’engage avec Félix Tshisekedi

Le projet de modification de la loi fondamentale en République démocratique du Congo suscite une levée de boucliers de plus en plus vigoureuse. Face aux soupçons de maintien au pouvoir, les forces vives de la nation s’organisent. Le 3 juin, un vaste mouvement de protestation sous forme de journée « ville morte » a été lancé par la plateforme C 64, regroupant opposants et membres de la société civile. L’objectif est clair : s’opposer fermement à toute tentative du président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat.

Ce premier coup de semonce a été marqué par une adhésion massive. Kinshasa, habituellement bouillonnante, a présenté le visage d’une cité paralysée. Les rideaux de fer des commerces sont restés baissés et le trafic habituel a laissé place à un calme inhabituel, témoignant de l’efficacité du mot d’ordre de l’opposition.

Un rapport de forces déterminant pour l’avenir politique

Si ce succès initial encourage les détracteurs du régime à maintenir la pression, la partie est loin d’être gagnée. Le chef de l’État, installé au Palais de la Nation, ne semble pas disposé à se retirer au terme de ses deux mandats légaux. Pour légitimer sa démarche, Félix Tshisekedi semble privilégier l’option du référendum, une stratégie classique sur le continent africain pour contourner les verrous constitutionnels en invoquant la volonté populaire.

Comme souvent en Afrique, le pouvoir en place ne reste pas inerte. Pour contrer la mobilisation citoyenne, des leaders religieux proches de la présidence ont appelé à une grande marche de soutien le 5 juin prochain. La suite des événements en RDC dépendra essentiellement de l’équilibre des forces qui s’établira dans la rue. Il est ironique de constater que Félix Tshisekedi reproduit aujourd’hui des schémas qu’il combattait autrefois. En 2018, il s’était lui-même opposé avec force aux manœuvres de Joseph Kabila, lequel avait fini par céder devant la pression populaire avant de désigner Emmanuel Ramazani Shadary comme successeur.

Des priorités nationales délaissées au profit de l’agenda politique

L’obstination du président congolais à vouloir prolonger son bail au sommet de l’État intervient dans un contexte national particulièrement critique. La RDC traverse une zone de turbulences sécuritaires majeures, notamment dans sa partie orientale où l’autorité de Kinshasa est largement contestée par des groupes armés. À cette menace existentielle pour l’intégrité du territoire s’ajoute une situation sanitaire précaire avec la persistance de l’épidémie d’Ebola.

En choisissant d’ouvrir un front politique interne, Félix Tshisekedi risque d’aggraver l’instabilité du pays. Pourtant, des voix influentes issues du milieu religieux l’avaient exhorté à initier un dialogue national inclusif pour trouver des solutions globales aux maux de la RDC. Ces appels à la concertation sont restés sans réponse. En ignorant les leçons de l’histoire et les échecs de ses prédécesseurs sur le continent, le pouvoir congolais s’engage sur une voie périlleuse où les crises sociales et politiques pourraient finir par converger.