8 juillet 2026

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La République centrafricaine, un terrain fertile pour l’exploitation des ressources par les mercenaires russes

Depuis 2004, la République centrafricaine (RCA) est confrontée à une instabilité chronique, marquée par une guerre civile dévastatrice de trois ans, puis par des années de lutte contre diverses insurrections. Cherchant à restaurer l’ordre, les autorités centrafricaines ont sollicité l’aide du groupe de mercenaires russes Wagner au début de l’année 2018, initialement sous la casquette de formateurs.

Dès 2019, l’effectif de Wagner en Centrafrique dépassait les mille hommes. Ces mercenaires se sont profondément enracinés dans les sphères politique, économique et sociale du pays, concentrant leurs efforts sur l’extraction d’or, de diamants et l’exploitation forestière. Cette présence massive a engendré une véritable économie de conflit, où le désordre persistant du pays est cyniquement exploité par ces forces et d’autres entités.

Wagner a non seulement pénétré les marchés locaux par des moyens coercitifs et l’intimidation, mais a également consolidé son influence au sein de l’administration du président Faustin-Archange Touadéra. Cette emprise s’est matérialisée par l’intégration d’un citoyen russe au poste stratégique de conseiller principal à la sécurité.

En 2021, une vaste campagne militaire a été déployée à travers le pays par les forces gouvernementales et les mercenaires de Wagner. Présentée comme une opération de stabilisation, cette initiative s’est rapidement transformée en un processus étendu de consolidation territoriale, politique et économique.

Actuellement, la collaboration entre les forces gouvernementales et celles de Wagner a métamorphosé l’économie centrafricaine. Ce qui servait autrefois à alimenter les groupes rebelles est désormais un système de réseaux qui consolident le pouvoir du gouvernement Touadéra tout en générant des profits substantiels pour la Russie.

Les élites locales, en symbiose avec leurs partenaires sécuritaires étrangers, des groupes armés intégrés et divers acteurs économiques, ont instrumentalisé la coercition et le crime organisé. Leur objectif : affermir leur autorité, contrôler les ressources stratégiques et promouvoir leurs intérêts financiers, transformant ainsi la RCA en un carrefour pour de puissants réseaux criminels transnationaux. Il est à noter que les Émirats arabes unis, le Rwanda et la Turquie figurent également parmi les nations exerçant une certaine influence dans la région.

L’engagement des mercenaires russes en Centrafrique est intrinsèquement transactionnel. Leur stratégie de développement vise à entremêler les dimensions sécuritaire, économique et politique pour s’assurer le contrôle des ressources naturelles, dans le but ultime d’ancrer durablement l’influence de la Russie dans la région.

Grâce au soutien russe, le président Touadéra a renforcé considérablement son autorité politique. Les entités et les individus affiliés à Wagner se sont insérés dans des ministères cruciaux, des agences de sécurité, l’administration des douanes et le secteur des ressources stratégiques. Loin d’apporter la stabilité escomptée, cette alliance entre Bangui et Moscou a plutôt exacerbé et institutionnalisé des pratiques de coercition, d’extraction et de prédation.

Bien que le gouvernement ait enregistré des victoires contre les groupes armés, cette avancée n’a pas éradiqué la « rapacité du conflit » qui sévit dans les secteurs miniers, les routes commerciales et la taxation. Au lieu de cela, cette prédation a été redirigée vers des acteurs liés à l’État, ainsi que des réseaux et des individus au sein même du gouvernement, qui tirent désormais profit de ces divers domaines.

La Russie a particulièrement tiré profit du commerce de l’or et du carburant en Centrafrique. Le groupe Wagner a notamment mis en place une « chaîne d’approvisionnement en carburant illicite », essentielle au financement de ses opérations militaires conjointes avec les forces gouvernementales, ainsi qu’à ses activités minières.

L’ampleur de l’implication de Wagner dans le commerce de l’or centrafricain est frappante. La quantité et le volume manifestes d’or extraits dans le pays sont particulièrement choquants. Les entités sous le contrôle de Wagner produiraient environ 5 tonnes d’or chaque année.

La valeur de cet or est estimée à environ 250 millions de dollars à l’exportation, mais sur le marché international, elle pourrait aisément atteindre 500 millions de dollars.

Dès 2021, les forces russes et rwandaises ont repris le contrôle de plusieurs régions minières stratégiques, empêchant les groupes armés d’y exercer leur emprise. Cette action a conduit à une augmentation des exportations officielles d’or artisanal. En 2023, les exportations aurifères ont atteint 1,7 tonne. Alors que les prévisions pour 2025 tablaient sur un total d’environ 2,5 tonnes, les chiffres de fin d’année ont révélé une exportation étonnante de 7 tonnes.

Ce volume d’or exporté dépasse largement les capacités de production artisanale du pays, suggérant l’inclusion d’or issu de sources industrielles, très probablement des concessions exploitées par Wagner.

Si l’accord de sécurité entre la Russie et la RCA présente des spécificités sur le continent, la volonté russe de s’approprier les ressources africaines, en particulier l’or, est une constante. Entre février 2022, marquant l’invasion de l’Ukraine, et fin 2023, les entités russes ont mis la main sur plus de 2,5 milliards de dollars d’or africain.

L’appétit russe pour l’or se concentre principalement sur la Centrafrique, le Mali et le Soudan. En RCA, Wagner a obtenu des droits exclusifs sur la mine de Ndassima, la plus vaste du pays. Au Soudan, la Russie contrôle une raffinerie d’importance et se positionne comme le principal acquéreur d’or soudanais non transformé. Au Mali, la junte au pouvoir verse chaque mois des millions de dollars en espèces aux mercenaires russes, s’appuyant largement sur les entreprises minières aurifères pour ses recettes fiscales. Ces arrangements permettent de contourner les sanctions internationales, grâce à des routes de contrebande sophistiquées et des stratégies de dissimulation commerciale déployées en Centrafrique et au Soudan.