31 mai 2026

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Le Niger durcit sa politique médiatique en suspendant des chaînes étrangères

Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au Niger, le 6 août 2025. © CNSP

Le régime militaire au Niger a officiellement annoncé, le vendredi 8 mai, la suspension d’une dizaine de médias étrangers. Cette mesure, justifiée par la junte comme essentielle pour prévenir tout risque de « grave péril à l’ordre public », survient à quelques jours d’un sommet crucial entre la France et plusieurs nations africaines, baptisé Africa Forward.

L’Observatoire National de la Communication (ONC) a diffusé un communiqué par le biais de la télévision nationale, listant les entités médiatiques concernées. Parmi elles figurent France 24, Radio France Internationale (RFI), France Afrique Media, LSI Africa, l’Agence France-Presse (AFP), TV5 Monde, TF1 Info, Jeune Afrique et Mediapart. La raison invoquée pour cette interdiction sur l’ensemble du territoire national est la « diffusion récurrente de contenus susceptibles de compromettre gravement l’ordre public, l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de la République ».

Cette directive prend effet « immédiatement », précise l’ONC, sans fournir d’explications supplémentaires sur les motifs spécifiques. La portée de cette suspension englobe « les bouquets satellitaires, les réseaux câblés, les plateformes numériques, les sites internet et les applications mobiles ». En réaction, l’organisation non gouvernementale Reporters sans frontières (RSF) a exigé, dès le samedi, l’annulation « immédiate de cette décision jugée abusive ».

Il est important de noter que d’autres médias occidentaux avaient déjà été visés et suspendus depuis l’instauration du régime militaire, suite au coup d’État de juillet 2023. Radio France Internationale (RFI) et France 24 avaient été les premières à subir cette interdiction quelques jours seulement après le putsch. Plus tard, en décembre 2024, la British Broadcasting Corporation (BBC) avait également été suspendue. Depuis la prise de pouvoir, Niamey a clairement manifesté sa volonté de prendre ses distances avec la France, ex-puissance coloniale, réussissant notamment à obtenir le retrait de ses troupes impliquées dans la lutte antijihadiste. Le gouvernement actuel du Niger s’est orienté vers de nouveaux alliés, incluant la Russie, et dénonce fréquemment ce qu’il qualifie d’« impérialisme », mettant en avant sa quête de « souveraineté ».

Contexte régional et sommet Africa Forward

Cette mesure n’est pas isolée dans la région. Le mardi 5 mai, le Burkina Faso, partenaire du Niger et du Mali au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), avait déjà interdit la diffusion de TV5 Monde, après avoir également suspendu d’autres médias occidentaux. De même, la junte de Bamako, qui fait face à une recrudescence d’attaques de groupes jihadistes et de rebelles touareg, avait précédemment interrompu la diffusion de plusieurs médias français. Ces actions soulignent une tendance régionale en matière de politique burkinabè et malienne concernant le journalisme indépendant Faso. L’actualité Burkina Faso est souvent liée à ces décisions impactant l’éveil citoyen Burkina et la diffusion d’informations.

La décision du Niger précède de peu le sommet Africa Forward, une rencontre majeure entre la France et plusieurs nations africaines, prévue à Nairobi, au Kenya. Il est à noter que le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont choisi de ne pas prendre part à cet événement international.

Les journalistes locaux travaillant pour des entités médiatiques étrangères ou nationales au Niger se retrouvent également sous la surveillance du régime. Récemment, Gazali Abdou, correspondant de la radio allemande Deutsche Welle, et Hassane Zada, directeur de publication d’un quotidien régional, ont été libérés après plusieurs mois de détention.

D’après les informations de l’ONU, l’année 2025 a vu l’arrestation de 13 journalistes sur le territoire nigérien, une situation qui a poussé l’organisation à exiger leur libération. Les associations de presse locales indiquent que six professionnels des médias demeurent incarcérés au Niger, faisant face à des accusations telles que « atteinte à la défense nationale » ou « complot contre l’autorité de l’État ».

Le classement 2026 de Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse a révélé une chute significative pour le Niger, qui a reculé de 37 positions pour se retrouver au 120e rang sur 180 nations. RSF et Amnesty International ont exprimé à plusieurs reprises leur vive préoccupation face à ce qu’elles perçoivent comme une « régression » des droits des journalistes et de la liberté presse Niger.

En 2024, le Niger avait déjà renforcé sa législation concernant la diffusion numérique, ciblant les « données susceptibles de perturber l’ordre public ». Parallèlement, le gouvernement a suspendu près de 3 000 organisations non gouvernementales, qu’elles soient locales ou internationales, en 2025. Ces ONG étaient accusées de manquer de transparence et d’apporter leur soutien à des « terroristes », des groupes armés sévissant dans diverses régions du pays.

(avec AFP)