20 mai 2026

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Le Sénégal face au défi des talibés : Moussa Balla Fofana réactive le débat à Diourbel

Lors d’une visite à Diourbel, située au cœur du Sénégal, le ministre Moussa Balla Fofana a récemment ravivé un débat récurrent dans l’agenda politique depuis des décennies : celui de la mendicité des jeunes talibés. Cette situation, qualifiée par le représentant gouvernemental de l’une des problématiques les plus délicates de la société sénégalaise, indique une volonté renouvelée de l’exécutif de s’attaquer à cet enjeu complexe, mêlant dimensions sociales, religieuses et souveraines.

Diourbel, carrefour emblématique de la question des talibés

La sélection de Diourbel comme lieu de cette intervention n’est pas fortuite. Cette région, proche de Touba et au centre du bassin mouride, abrite une multitude de daaras, ces institutions éducatives coraniques traditionnelles. Elles accueillent des milliers d’enfants venant non seulement de tout le Sénégal, mais aussi de la sous-région. C’est au sein de ce tissu religieux et pédagogique que s’enracine la pratique des enfants contraints à la mendicité quotidienne, souvent sous le prétexte d’un apprentissage religieux.

En soulignant la délicatesse de ce dossier, Moussa Balla Fofana met en lumière un équilibre précaire. Aborder publiquement la situation des talibés implique de naviguer entre le respect des confréries religieuses, la reconnaissance du rôle social des maîtres coraniques et l’impératif pour l’État de garantir la sécurité des mineurs, souvent vulnérables aux dangers de la rue, aux accidents et à diverses formes d’exploitation. Par le passé, les gouvernements sénégalais ont maintes fois annoncé des initiatives pour retirer ces enfants des rues, mais ces efforts n’ont jamais réussi à modifier durablement cette pratique.

Un enjeu complexe entre impératifs sociaux et souverains

Le ministre a souligné la nature profondément structurelle de cette problématique. Au-delà de la simple mendicité infantile, se cachent des défis majeurs tels que la pauvreté en milieu rural, les mouvements migratoires internes, la gestion des écoles coraniques et la protection des droits de l’enfant. Malgré des promesses répétées depuis les années 2000, la modernisation des daaras reste un objectif inabouti. Des cadres législatifs existent, comme le code de protection de l’enfance et les sanctions pénales contre l’exploitation par la mendicité, mais leur mise en œuvre concrète dépend fortement des dynamiques locales.

Ce dossier représente un véritable défi politique pour le nouveau gouvernement, issu de l’alternance de 2024. L’administration de Bassirou Diomaye Faye a placé le redressement social au cœur de son programme, s’engageant à revitaliser les questions de jeunesse, d’éducation et de dignité familiale. S’attaquer de front à la mendicité des talibés signifie perturber un équilibre délicat que peu de précédents gouvernements ont osé remettre en question. Les organisations de défense des droits de l’enfant ne cessent d’alerter sur les conditions précaires de certains daaras urbains, où surpopulation, violences et carences sanitaires ont été largement documentées par des rapports d’ONG au cours des dernières années.

Perspectives d’actions gouvernementales immédiates

La déclaration du ministre, faite devant les parties prenantes locales, suggère que des décisions importantes sont imminentes. Historiquement, les stratégies gouvernementales s’appuient sur trois axes principaux : la modernisation et l’encadrement des daaras, une surveillance accrue de l’État sur les déplacements d’enfants séparés de leurs familles, et un soutien socio-économique aux familles les plus vulnérables, souvent à l’origine de l’intégration des talibés. L’efficacité de toute initiative publique dans ce domaine sera conditionnée par la capacité du gouvernement à maintenir un dialogue constructif avec les leaders religieux, notamment ceux de Touba, Tivaouane et Médina Baye, sans compromettre la concertation.

Cependant, la question des ressources demeure cruciale. Assurer l’hébergement sécurisé des enfants des rues, leur accès à l’éducation et une prise en charge alimentaire éventuelle au sein de daaras réformés exige un financement stable et une coordination interministérielle robuste, impliquant les ministères de l’Éducation, de la Famille, de l’Intérieur et de la Justice. L’expérience passée à Dakar a montré que, faute d’une direction centralisée, les interventions isolées pour retirer les enfants de la voie publique se sont malheureusement soldées par leur retour dans les rues après quelques semaines.

La visite de Moussa Balla Fofana à Diourbel témoigne, à minima, d’une intention de décentraliser le débat et de l’ancrer directement dans les régions affectées, loin des seuls bureaux ministériels de la capitale. Le défi consiste maintenant à concrétiser cette déclaration en un plan d’action opérationnel, une attente forte tant des associations de protection de l’enfance que des familles concernées. Le ministre a affirmé son engagement à poursuivre les concertations avec les acteurs locaux.