30 mai 2026

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Liberté de la presse au Sahel : quand les régimes militaires étouffent l’information

epa11463300 Interim President of Mali Colonel Assimi Goita (L), Head of the military junta in Niger General Abdourahamane Tchiani (C) and Interim leader of Burkina Faso Captain Ibrahim Traore (R) pose for photos at the start of the first ever Alliance of Sahel States summit in Niamey, Niger, 06 July 2024. The junta-leaders in Mali, Burkina Faso, and Niger held their first ever joint summit of a new regional bloc, the Alliance of Sahel States, AES, since seizing power in a series of coups. EPA/ISSIFOU DJIBO

Les coups d’État militaires qui se sont multipliés au Burkina Faso, au Mali et au Niger ces dernières années ont profondément fragilisé la liberté de la presse dans la région du Sahel. Les journalistes indépendants subissent aujourd’hui des pressions sans précédent, émanant à la fois des autorités en place et des groupes terroristes qui exploitent l’instabilité politique pour étendre leur influence.

Un recul alarmant de la liberté d’informer

Depuis les prises de pouvoir militaires dans ces trois pays, la situation de la presse n’a cessé de se dégrader. Les régimes en place justifient leurs mesures répressives par la lutte contre le terrorisme et la préservation de la souveraineté nationale. Pourtant, ces actions ont surtout pour effet d’asphyxier l’information indépendante et de favoriser l’émergence d’un discours officiel propagandiste.

Les journalistes qui osent critiquer la gestion sécuritaire de ces régimes ou dénoncer les violations des droits humains sont systématiquement ciblés. Cette répression généralisée a instauré un climat de peur propice à l’autocensure, privant les populations d’un accès fiable à l’information et laissant un vide informationnel comblé par la désinformation.

Des lois liberticides au service de la censure

Les régimes militaires du Sahel ont instrumentalisé les législations, notamment les lois sur la cybercriminalité, pour museler la presse. Le Niger, par exemple, est devenu le pays le plus répressif à l’égard des journalistes dans la région. Les autorités nigériennes n’hésitent plus à emprisonner les reporters sous des prétextes fallacieux, comme la « diffusion de fausses informations » ou la « perturbation de l’ordre public ».

Quelques cas emblématiques illustrent cette dérive :

  • En janvier 2026, Gazali Abdou, journaliste de la Deutsche Welle, a été arrêté pour avoir rapporté les conditions de vie déplorables des réfugiés nigérians à Niamey.
  • Trois journalistes nigériens, Ibro Chaibou, Youssouf Seriba et Oumarou Abou Kané, croupissent en prison depuis novembre 2025 sous des accusations similaires.
  • En mai 2025, trois reporters de la radio Sahara FM à Agadez ont été incarcérés pour avoir évoqué la fin de la coopération entre les autorités locales et le groupe paramilitaire russe Wagner.

Au Mali, les lois répressives sont tout aussi redoutables. Les journalistes risquent jusqu’à 10 ans de prison pour des accusations de diffamation ou de diffusion de fausses nouvelles. Des reporters comme Alfousseni Togo ou Boubacar Traoré ont été condamnés pour des articles jugés critiques envers le pouvoir judiciaire ou des entreprises privées.

La chasse aux médias critiques

Les régimes du Sahel ont également durci leur contrôle sur les organes de régulation des médias, transformant ces institutions en outils de censure. Au Burkina Faso, les autorités ont modifié la loi pour permettre au chef de l’État de nommer directement le président du Conseil supérieur de la communication (CSC), mettant fin à son indépendance historique. Au Niger, l’Observatoire national de la communication (ONC) a remplacé le Conseil supérieur de la communication, désormais sous tutelle étatique.

De nombreux médias, tant locaux qu’internationaux, ont été suspendus ou interdits d’antenne pour avoir diffusé des informations critiques. En Mali, les chaînes RFI, France 24 et LCI sont toujours bloquées pour leurs reportages sur les exactions présumées des forces armées ou les alliances controversées avec la Russie. Au Burkina Faso, la suspension de médias comme la BBC, Voice of America ou Le Monde a suivi la diffusion de rapports accablants sur les massacres présumés de civils par l’armée.

Des journalistes pris pour cible : enlèvements et conscription forcée

Les menaces contre les journalistes ne se limitent pas aux arrestations arbitraires. Les groupes jihadistes, profitant de l’affaiblissement des États, multiplient les enlèvements. En Mali, deux journalistes de la radio Coton d’Ansongo ont été kidnappés en 2023 par l’État islamique au Sahel, tandis qu’en octobre 2025, deux reporters de l’ORTM ont été enlevés par le groupe JNIM avant d’être libérés fin décembre.

Au Burkina Faso, le régime militaire a même recours à la conscription forcée des journalistes critiques. Sept reporters ont été contraints de rejoindre l’armée après avoir dénoncé la gestion de l’insécurité par les autorités. Leur sort reste incertain, et deux d’entre eux, Serge Oulon et Moussa Serab, sont toujours portés disparus.

Une société civile muselée

Les régimes du Sahel ne se contentent pas de réprimer les médias : ils s’attaquent aussi aux associations de défense de la liberté de la presse. Au Niger, la Maison de la Presse a été suspendue, tandis qu’au Burkina Faso, l’Association des journalistes a été dissoute sous des prétextes administratifs. Au Mali, la Maison de la Presse, bien que toujours active, voit ses moyens d’action severely réduits.

Un appel à la mobilisation internationale

Face à cette situation critique, la communauté internationale doit agir pour protéger les journalistes du Sahel et garantir leur droit à informer librement. Les mesures urgentes à mettre en œuvre incluent :

  • La fin immédiate des arrestations et emprisonnements arbitraires de journalistes.
  • La réforme des lois liberticides, en particulier celles sur la cybercriminalité.
  • La levée des interdictions imposées aux médias locaux et internationaux.
  • La restauration de l’indépendance des organes de régulation des médias.
  • La protection des associations de défense de la liberté de la presse.
  • L’ouverture d’enquêtes sérieuses sur les attaques contre les journalistes et la sanction des responsables.