Une emprise territoriale affirmée dans les régions de Gao et Ménaka
Le nord-est du Mali, particulièrement le cercle d’Ansongo dans la région de Gao ainsi que la région de Ménaka, demeure sous l’influence marquée de la Province sahélienne de l’État islamique (ISSP). Le groupe a établi son sanctuaire opérationnel dans la zone stratégique des « 3 T » — englobant Talataye, Tin-Hama et Tessit — ainsi qu’à Labbezanga. Dans ces localités, l’organisation exerce un contrôle rigoureux sur le territoire et maintient une pression constante sur les populations civiles.
Évolution du commandement et changement de paradigme
Sous la direction d’Abou Al-Bara, successeur d’Adnan Abu Al-Walid Sahraoui, l’ISSP a opéré une mutation stratégique profonde. Délaissant les exécutions de masse et la terreur spectaculaire de ses débuts, le groupe privilégie désormais une forme de gouvernance locale et un contrôle territorial plus discret. Cette approche vise à obtenir une certaine acceptation sociale tout en évitant une exposition médiatique excessive qui attirerait des représailles immédiates.
Cependant, cette discrétion n’entame en rien la vigilance des Forces Armées Maliennes (FAMa). Dans la nuit du 14 au 15 mai 2026, une opération aéroportée menée à Bara, dans le cercle d’Ansongo, a permis de neutraliser un haut responsable opérationnel de l’organisation ainsi que plusieurs de ses lieutenants. Si ces frappes affaiblissent les bastions djihadistes, l’ISSP démontre une résilience certaine, s’appuyant sur des réseaux logistiques transfrontaliers pour se réorganiser.
Rivalités stratégiques et contrôle des axes
L’organisation djihadiste continue de verrouiller les axes de communication vitaux entre le Mali et le Niger. En contrôlant le transit des marchandises et des personnes à Talataye, Tin-Hama ou encore Ménaka, l’ISSP affirme sa domination sur ces corridors économiques. Cette stratégie diffère de celle du JNIM, qui mise davantage sur des attaques à fort retentissement médiatique, comme celles observées le 25 avril 2026 vers Bamako.
Bien que la visibilité du JNIM soit actuellement plus forte, l’ISSP n’a pas reculé. La trêve historique entre les deux entités s’est brisée dès 2020. Aujourd’hui, bien que les offensives de l’armée malienne forcent parfois ces groupes à se concentrer sur un ennemi commun, aucune coordination formelle n’existe entre eux.
Une menace persistante et technologique
Les données récentes indiquent que l’Afrique reste l’épicentre des activités de l’État islamique, représentant 86 % de ses actions au début de l’année 2026. L’ISSP modernise ses méthodes avec l’usage de drones armés et des assauts motorisés, tout en asphyxiant économiquement les zones rurales. L’attaque de convois civils à Kobé, près de Gao, en février 2026, illustre cette volonté d’imposer une autorité de fait par la force.
Malgré l’élimination de cadres internationaux comme Abu-Bilal Al-Minuki en mai 2026 lors d’opérations conjointes dans le bassin du lac Tchad, le noyau dur de l’ISSP dans le nord-est malien reste une menace directe. La consolidation de ses positions le long de la frontière nigéro-malienne nécessite une vigilance accrue et une pression militaire soutenue pour briser l’enracinement de ce groupe dans les communautés locales.

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