Le ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, le général Ali Ahmat Aghabache, s’est présenté devant les membres du Sénat pour apporter des éclaircissements sur la situation sécuritaire préoccupante du pays. Cette audition, dirigée par le président de la chambre haute, le Dr Haroun Kabadi, faisait suite à une interpellation du sénateur Mbaigolmen Sébastien concernant la recrudescence des violences dans plusieurs provinces.
Un état des lieux alarmant des violences provinciales
Au cours des échanges, le président du Sénat a rappelé que malgré la mobilisation des forces de l’ordre, de nombreux foyers de tension subsistent. Des affrontements meurtriers ont notamment été recensés dans le Mayo-Kebbi Ouest, le Salamat et le Hadjar-Lamis au cours de l’année 2025. Le Logone Occidental n’a pas été épargné, avec des heurts violents entre éleveurs et agriculteurs à Mandakao en mai 2025, bien qu’un accord de paix ait été signé ultérieurement.
Le général Ali Ahmat Aghabache a débuté son intervention en rendant hommage aux victimes de ces tragédies. Il a souligné que son ministère reste pleinement engagé pour apporter des solutions pérennes aux défis sécuritaires. Tout en affirmant que la sécurité est globalement maîtrisée sur l’ensemble du territoire, il a admis l’existence de zones de turbulences, précisant qu’un risque zéro est illusoire dans n’importe quel État.
Les racines profondes de l’insécurité au Tchad
Pour le ministre, la force publique ne peut à elle seule éradiquer ces conflits qui nécessitent des réponses sociales et politiques. Il a énuméré plusieurs facteurs clés expliquant la persistance de cette instabilité :
- Compétition pour les ressources : L’accès aux points d’eau et aux terres fertiles déclenche des heurts, particulièrement durant la saison des pluies.
- Impact climatique : La sécheresse au Nord pousse les éleveurs vers le Sud, créant une pression foncière insupportable.
- Lacunes juridiques : L’absence de délimitation claire des couloirs de transhumance favorise les litiges.
- Pression démographique : Une population croissante augmente la demande en terres et en nourriture.
- Manipulation politique : L’instrumentalisation des identités tribales par certains acteurs exacerbe les tensions locales.
- Instabilité régionale : La porosité des frontières facilite le trafic d’armes automatiques en provenance des pays voisins en crise.
Le bilan humain pour l’année 2025 est lourd, avec 318 décès et 315 blessés recensés suite à ces affrontements intercommunautaires.
Mesures de riposte et bilan opérationnel
Face aux interrogations des sénateurs sur les moyens mis en œuvre, le ministre a présenté un bilan chiffré des opérations de police et de gendarmerie menées entre 2024 et 2025. Plus de 4 000 armes à feu ont été retirées de la circulation et environ 1 300 individus impliqués dans le grand banditisme ont été interpellés. De vastes saisies de stupéfiants ont également été opérées.
Le débat a aussi porté sur des problématiques spécifiques comme les enlèvements contre rançon dans le Mayo-Kebbi Ouest et les incursions de la secte Boko Haram dans la province du Lac. La question de l’identification des ressortissants étrangers a également été soulevée par la sénatrice Mariam Ahmat Djamil comme un enjeu sécuritaire majeur.
Enfin, le ministre a mis en avant le renforcement du maillage territorial, citant l’exemple d’Abéché dans le Ouaddaï, où la création de nouveaux commissariats a permis une baisse notable de la criminalité. Il a conclu en appelant les chefs traditionnels et les élus à intensifier la sensibilisation sur la cohésion sociale et le vivre-ensemble.

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