Le Mali revendique une souveraineté retrouvée, mais la réalité du terrain dessine une militarisation profonde de l’appareil étatique. Si le retrait des troupes françaises est célébré comme une libération, il marque surtout le passage vers une gestion du pays dictée par les impératifs de la guerre.
La fin de la présence militaire occidentale, présentée par Bamako comme une victoire historique pour l’indépendance nationale, n’a pas pour autant supprimé les dépendances extérieures. Au contraire, le centre de gravité sécuritaire s’est déplacé. Le régime s’appuie désormais massivement sur Africa Corps, une structure de mercenaires russes chargée de protéger le pouvoir et de mener la lutte contre les groupes armés. Cette transition n’est pas qu’un changement de partenaire, c’est une mutation du système politique malien.
Depuis le coup d’État de 2022, l’institution militaire s’est imposée au cœur de la prise de décision. La guerre n’est plus perçue comme un simple défi sécuritaire à surmonter, mais comme l’élément structurant de la légitimité du régime. En contrôlant tous les leviers stratégiques, les autorités de transition ont transformé le conflit en un mode de gouvernement permanent.
Le sentiment nationaliste, exacerbé par le départ des forces étrangères, a permis de consolider l’assise du pouvoir. Pourtant, cette souveraineté proclamée se heurte aux dures réalités du terrain. Les groupes djihadistes maintiennent une pression constante, menaçant même les abords de Bamako. Malgré les discours de victoire, les capacités logistiques de l’État restent précaires, et la stabilité du territoire demeure un objectif lointain.
L’influence de la Russie s’inscrit dans cette volonté de survie politique. Contrairement aux partenaires traditionnels, Moscou offre un soutien sans les exigences diplomatiques ou démocratiques habituelles. Cette alliance renforce la militarisation de l’économie malienne, où les budgets de défense captent l’essentiel des ressources au détriment d’autres secteurs.
Cette dynamique a des conséquences directes sur la vie politique. L’argument de la menace sécuritaire justifie la concentration des pouvoirs, le musellement du pluralisme et le report indéfini du retour à l’ordre constitutionnel. Au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, cette vision d’un État centré sur l’appareil militaire devient la norme régionale.
Cependant, ce modèle repose sur une base fragile. Les économies sont exsangues, les tensions sociales s’accumulent et la dépendance financière persiste. Le paradoxe est frappant : une véritable paix pourrait devenir un risque pour le pouvoir en place. En effet, la fin des hostilités imposerait de traiter des dossiers complexes comme la corruption, la redistribution des richesses et la place des civils dans la gouvernance.
Le Mali se trouve donc à la croisée des chemins. Tant que la souveraineté sera définie uniquement par la puissance de feu et l’alliance avec des mercenaires, le pays risque de rester enfermé dans une économie de guerre perpétuelle. Le défi n’est plus seulement de gagner des batailles, mais de réinventer un État capable d’exister en dehors du prisme militaire.

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