12 juin 2026

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Niger : retrait de nationalité pour la figure de l’opposition en exil

Un décret officiel a été publié par les autorités de transition nigériennes pour retirer la nationalité à Dr Mayra Djibrine, présidente de l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS), une organisation basée à Bruxelles. Cette mesure, prise dans un climat de durcissement envers les voix critiques installées à l’étranger, provoque des réactions contrastées à Niamey. Entre soutien à la fermeté de l’État et crainte pour les libertés fondamentales, les Nigériens s’interrogent sur la portée de cette décision inédite.

Un acte officiel aux répercussions majeures

Le paysage politique et juridique du Niger connaît un tournant significatif. Le gouvernement de transition a officialisé, par décret, la déchéance de nationalité de Dr Mayra Djibrine. Universitaire reconnue et figure de proue de l’Alliance des démocrates du Sahel, une association active depuis la Belgique, elle se voit privée de ses droits civiques et politiques liés à son origine nigérienne.

Les autorités de Niamey justifient cette décision par des « agissements contraires aux intérêts stratégiques et à la souveraineté du Niger ». Depuis plusieurs mois, l’ADS multipliait les critiques envers la gestion de la transition et plaidait auprès d’instances européennes pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Pour le pouvoir en place, ces actions menées depuis l’étranger constituent une tentative de déstabilisation, justifiant le recours à l’ordonnance signée fin 2024 sur la déchéance de nationalité pour des actes de trahison ou d’atteinte à la défense nationale.

Entre approbation et inquiétude : le ressenti des habitants de Niamey

Dans la capitale, la nouvelle anime les conversations, des espaces informels aux marchés. L’impact de cette mesure se mesure à travers les opinions des citoyens ordinaires, profondément divisés.

Au grand marché de Niamey, l’ambiance est à la fois active et politisée. Amadou, commerçant de tissus, exprime son soutien à la décision : « Le pays traverse une période cruciale. On ne peut accepter que des compatriotes installés confortablement en Europe demandent des sanctions contre leur propre peuple. Si vous combattez les intérêts du Niger de l’extérieur, il est normal que le Niger vous renie. C’est une question de patriotisme. » Comme lui, une partie de la population estime que la souveraineté nationale exige une loyauté absolue, surtout en temps de crise.

Cependant, dans le quartier académique de l’Université Abdou Moumouni, le discours est radicalement différent. Fatouma, étudiante en droit public, exprime une profonde inquiétude : « C’est un précédent dangereux. Retirer la nationalité à quelqu’un à cause de ses opinions politiques, même exprimées depuis Bruxelles, pose un problème juridique majeur. La nationalité est un droit fondamental, pas une récompense que l’État peut reprendre au gré des régimes. Aujourd’hui c’est Dr Djibrine, mais qui sera le prochain ? » Cette crainte d’un rétrécissement de l’espace d’expression est partagée par plusieurs observateurs locaux, qui redoutent une fragilisation de la cohésion sociale.

Implications juridiques et diplomatiques d’une mesure forte

Au-delà des réactions populaires, les spécialistes du droit à Niamey analysent les fondements de cette démarche. Le code de la nationalité nigérienne, récemment modifié par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), élargit considérablement les critères de déchéance. Pour les juristes proches du pouvoir, la procédure respecte les textes d’exception en vigueur. Pour les défenseurs des droits de l’homme, elle viole les conventions internationales ratifiées par le Niger, qui interdisent de rendre un individu apatride.

Sur le plan diplomatique, cette décision envoie un signal clair aux organisations de la diaspora et aux pays hôtes, notamment en Europe. En ciblant la présidente de l’ADS à Bruxelles, Niamey démontre sa volonté de neutraliser la contestation politique, même au-delà de ses frontières, en utilisant l’arme de la mort civique.

Une étape dans la stratégie de contrôle politique

Le retrait de nationalité de Dr Mayra Djibrine marque une étape supplémentaire dans la stratégie de sécurisation et de contrôle politique des autorités nigériennes. Si cette fermeté est saluée par une partie de la population qui y voit un acte de défense de la patrie, elle suscite aussi un malaise diffus chez de nombreux citoyens, préoccupés par l’avenir des libertés et le sort de la contradiction démocratique. Dans un Niger en pleine redéfinition de ses alliances et de son fonctionnement interne, le débat entre sécurité de l’État et droits des citoyens reste plus que jamais ouvert.