3 août 2026

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Procès historique de l’ancienne ministre des Mines au Sénégal

Le Sénégal s’apprête à vivre un moment judiciaire inédit avec l’ouverture, prévue le 22 juillet, du procès d’Aïssatou Sophie Gladima. L’ex-ministre des Mines et de la Géologie sous la présidence de Macky Sall sera jugée devant la Haute Cour de Justice, une juridiction d’exception dédiée aux membres du gouvernement poursuivis pour des actes liés à leurs fonctions. Placée sous mandat de dépôt depuis plusieurs mois, elle devra répondre des accusations portées à son encontre, marquant une étape cruciale dans la volonté des nouvelles autorités dakaroises de rétablir la transparence.

Une institution judiciaire au rôle exceptionnel

La Haute Cour de Justice du Sénégal occupe une position unique dans le paysage institutionnel du pays. Composée de députés désignés par leurs pairs, elle est la seule instance compétente pour juger les ministres accusés de crimes ou de délits commis dans l’exercice de leurs missions. Son utilisation reste exceptionnelle : depuis l’indépendance du pays, peu de dossiers ont abouti devant elle, ce qui confère à chaque procès une dimension politique bien au-delà du cadre strictement juridique.

Le dossier de Aïssatou Sophie Gladima s’inscrit dans cette logique. Transmis par l’Assemblée nationale après un vote d’autorisation de mise en accusation, il a franchi une étape décisive avec le renvoi devant la formation de jugement. L’instruction, menée depuis plusieurs mois, a abouti à une phase publique qui suscitera sans doute l’intérêt des professionnels du secteur extractif. Les Mines, pilier stratégique de l’économie sénégalaise, seront au cœur des débats.

Transparence et lutte contre la corruption : une priorité affichée

Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko en 2024, la traque des présumés détournements de fonds publics est devenue un axe majeur de l’action gouvernementale. Plusieurs anciens ministres, directeurs généraux et hauts fonctionnaires de l’ère Sall ont déjà été placés en garde à vue, auditionnés ou incarcérés. Le procès de Gladima s’inscrit dans cette dynamique, aux côtés d’autres affaires instruites par le pôle judiciaire financier ou la Haute Cour, selon la qualité des mis en cause.

L’ancienne responsable ministérielle a dirigé le ministère des Mines et de la Géologie entre 2019 et 2022, une période marquée par la structuration de la filière aurifère et les premiers pas de l’exploitation des hydrocarbures. Les investigations pourraient porter sur la gestion de fonds publics et les décisions administratives prises durant son mandat. À ce stade, la présomption d’innocence s’applique, et la défense n’a pas encore dévoilé sa stratégie pour les audiences à venir.

Un message aux partenaires économiques du Sénégal

Au-delà de la personnalité de l’accusée, ce procès enverra un signal fort aux investisseurs actifs dans le secteur minier sénégalais. Le pays connaît actuellement une phase d’expansion de son industrie extractive, portant notamment sur l’or de Kédougou, les phosphates de Thiès et le zircon de la Grande Côte. L’arrivée de nouveaux acteurs internationaux et le développement des hydrocarbures offshore renforcent l’enjeu de stabilité juridique et de confiance dans les contrats passés.

Les opérateurs économiques suivront avec attention la manière dont la justice sénégalaise traitera les décisions administratives antérieures, notamment les octrois de permis et les avenants contractuels conclus sous la précédente législature. Pour le gouvernement actuel, l’objectif est double : démontrer la solidité des preuves tout en évitant les accusations de justice sélective. Si certains dénoncent une instrumentalisation politique des procédures, la coalition Pastef défend, quant à elle, une exigence de transparence réclamée par les citoyens.

Le 22 juillet, la Haute Cour de Justice deviendra le théâtre d’un débat aux enjeux multiples. Les audiences, qui devraient attirer l’attention des chancelleries et des bailleurs de fonds, pourraient aussi influencer la jurisprudence sénégalaise en matière de responsabilité ministérielle. Plusieurs éléments, comme le format des débats, la liste des témoins convoqués ou le calendrier du délibéré, détermineront l’impact réel de ce procès sur l’avenir institutionnel du pays.