une tentative de putsch avortée à Cotonou
Dans la nuit du dimanche 7 décembre 2025, le Bénin a connu une secousse politique majeure avec une tentative de coup d’État orchestrée par un groupe de soldats mutinés. Ces derniers ont brièvement pris le contrôle de la télévision publique, la SRTB à Cotonou, déclarant avoir destitué le président Patrice Talon, en place depuis 2016. Le chef de l’État, alors âgé de 67 ans, a été mis en sécurité tandis que les forces loyalistes reprenaient progressivement les points stratégiques de la capitale économique.
Selon des sources sécuritaires, les mutins ont d’abord tenté de s’introduire dans la résidence privée du président, située dans le quartier Guézo, avant d’être repoussés par les unités fidèles. En milieu de matinée, Cotonou était placée sous haute surveillance, avec des hélicoptères survolant la ville et des patrouilles renforcées, alors que la situation commençait à se stabiliser.
une première depuis plus de 50 ans
Ce putsch avorté marque un événement exceptionnel pour le Bénin, pays considéré comme un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest. La dernière tentative de coup d’État remontait à 1972, lorsque Mathieu Kérékou avait réussi à s’emparer du pouvoir. Depuis, le pays n’avait plus connu de crise politique majeure de cette ampleur.
les déclarations de patrice talon et les victimes collatérales
Dans une allocution télévisée diffusée en soirée, Patrice Talon a qualifié les événements de « gravité extrême ». Il a affirmé que « cette trahison ne restera pas impunie » et a confirmé que des personnes étaient encore retenues par les mutins en fuite. Le président a également insisté sur la nécessité de sécuriser完全 la situation et de protéger les citoyens.
Le bilan humain s’est alourdi avec la mort de l’épouse du général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire du président, tuée lors de l’assaut contre son domicile à Abomey-Calavi. La fille du général, promue général de corps aérien en juin 2024, a également été blessée par des tirs.
une réponse militaire et politique immédiate
Dès l’aube, le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a confirmé qu’un groupuscule de soldats avait tenté de déstabiliser les institutions. Il a salué la réaction républicaine des Forces armées béninoises, qui ont repris le contrôle des sites stratégiques. Le gouvernement a appelé la population à poursuivre ses activités normalement.
Le ministre des Affaires étrangères, Olushegun Adjadi Bakari, a précisé que la majorité des militaires étaient restés loyaux au président et que seuls « un petit groupe » avait participé à la mutinerie. Plusieurs sources sécuritaires ont depuis confirmé l’arrestation d’une douzaine de militaires, dont les principaux instigateurs présumés et un ancien membre de l’armée.
les revendications des mutins et les réactions internationales
Sur les ondes de la SRTB, les mutins, menés par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, ont proclamé la « suspension de la Constitution » et la création d’un Comité militaire pour la refondation. Ils ont accusé Patrice Talon de « gouvernance excluante », dénonçant notamment « la privation des droits électoraux de certains citoyens », « le vote de lois controversées » et « les arrestations arbitraires ».
Les ambassades des États-Unis et de la France ont immédiatement réagi. L’ambassade américaine a alerté ses ressortissants sur des « échanges de tirs » dans le quartier Guézo, tandis que la représentation française a conseillé à ses citoyens de rester prudents.
Les forces loyalistes ont rapidement contre-attaqué, sécurisant le palais présidentiel et la marina. Des hélicoptères ont survolé la zone, et des axes majeurs de Cotonou ont été coupés. Le gouvernement béninois a sollicité une assistance militaire nigériane, qui a déployé avions de chasse et troupes au sol pour sécuriser la télévision publique et un camp militaire occupé par les mutins.
une capitale plongée dans le flou et l’inquiétude
Pendant plusieurs heures, un brouillard informationnel a régné à Cotonou. Les réseaux sociaux, notamment TikTok, Facebook et WhatsApp, ont relayé des rumeurs plus vite que les faits. Les autorités ont tardé à s’exprimer, laissant la population dans l’incertitude.
En début d’après-midi, les détonations avaient cessé, et la police occupait les grands carrefours du centre-ville. Des témoins ont évoqué une « atmosphère mêlant inquiétude et retenue ». Plusieurs Béninois se sont interrogés sur les conséquences de cette crise et redoutent d’éventuelles répliques.
le Bénin face à la montée des coups d’État en afrique
Cette tentative de putsch survient dans un contexte régional particulièrement tendu. Le Bénin, longtemps perçu comme un modèle de stabilité, rejoint désormais la liste des pays ouest-africains confrontés à des menaces militaires : Niger, Burkina Faso, Mali, Guinée et, plus récemment, Guinée-Bissau. Dix jours après le coup d’État en Guinée-Bissau et moins de deux mois après celui de Madagascar, cette crise rappelle les « défis de la démocratie africaine ».
condamnations unanimes et déploiement de troupes régionales
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA) ont immédiatement condamné la tentative de putsch. L’UA a qualifié l’acte de « fermement et sans équivoque inacceptable » contre l’ordre constitutionnel, appelant les militaires impliqués à regagner leurs casernes.
De son côté, la CEDEAO a annoncé le déploiement immédiat de troupes au Bénin. L’organisation régionale a ordonné l’envoi d’éléments de la Force en attente, composés de contingents nigérians, sierra-léonais, ivoiriens et ghanéens. Leur mission : soutenir le gouvernement et l’armée béninoise pour préserver l’ordre constitutionnel.
patrice talon, un président en fin de mandat sous tension
À quelques mois de la présidentielle d’avril 2026, qui marquera la fin de son deuxième mandat, Patrice Talon navigue dans un environnement extrêmement tendu. Le nord du pays subit des attaques djihadistes liées à Al-Qaïda, ayant coûté la vie à 54 soldats en avril dernier.
Sur le plan politique, le président, ancien magnat du coton, quittera le pouvoir conformément à la Constitution. Son parti, le Bloc républicain (BR), associé à l’Union progressiste pour le Renouveau (UP-R), a déjà désigné son successeur : le ministre des Finances, Romuald Wadagni, architecte des politiques économiques des dix dernières années.
La récente révision constitutionnelle, adoptée le mois dernier, a créé un Sénat et prolongé les mandats présidentiel et législatif de cinq à sept ans, suscitant de vifs débats. L’élimination du candidat phare de l’opposition, Les Démocrates, et la limitation à deux mandats ont cristallisé les tensions, malgré le maintien de cette règle.
Selon des sources proches du dossier, les mutins reprochaient au pouvoir en place une gouvernance jugée excluante. La question des éventuels commanditaires de cette tentative de coup d’État reste entière, révélant des tensions profondes au sein de l’armée et du paysage politique béninois.

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