4 mai 2026

Qui veut dominer le Sahel et ses richesses

Le Sahel, une région aux défis économiques majeurs

Le Sahel, cette bande géographique s’étendant du Mali jusqu’au Tchad, n’est pas ce que l’on pourrait appeler un eldorado pour les investisseurs. Les économies du Mali, du Burkina Faso et du Niger affichent des indicateurs préoccupants. Au Mali, avec 47 % des 25,9 millions d’habitants âgés de moins de 15 ans, seulement 25 % des terres sont cultivables. Le pays se classe au 188ᵉ rang mondial sur 193 selon l’indice de développement humain du PNUD. Près de 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Des chiffres similaires s’observent à Ouagadougou et Niamey, où respectivement 40 % et 60,5 % de la population se trouvent en situation de précarité (Banque mondiale). Ces trois nations, enclavées et dirigées par des juntes militaires, ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES), avec le soutien de la Russie, dans une démarche anti-française et anti-occidentale censée apporter prospérité et stabilité. Pourtant, ces promesses restent lettre morte.

Le Maroc mise sur un port stratégique pour désenclaver le Sahel

Le Maroc propose une solution concrète pour briser l’isolement des pays de l’AES : le port de Dakhla Atlantique. Ce projet pharaonique, dont la finalisation est prévue pour 2028, vise à créer un hub comparable au Tanger Med, offrant une porte d’entrée vers l’Europe et les Amériques. Rabat a accueilli les dirigeants de l’AES, proposant une infrastructure capable de désenclaver la région. Une ligne ferroviaire est également envisagée pour relier ces pays à l’océan, stimulant ainsi leur développement économique. Pour le Maroc, isolé géopolitiquement en raison de son conflit avec l’Algérie, ce projet représente une opportunité de démontrer que le développement du Sahara occidental profitera à toute la sous-région. En luttant contre le chômage des jeunes et en offrant des perspectives, cette initiative pourrait indirectement affaiblir l’influence des groupes djihadistes qui déstabilisent le Sahel. La croissance démographique fulgurante de la région, où la population devrait doubler en dix ans, rend cette approche d’autant plus cruciale.

L’Algérie mise sur le gaz pour renforcer son influence

L’Algérie a récemment renoué avec le Niger, après des tensions diplomatiques, en proposant la construction d’un tronçon du gazoduc transsaharien. Ce projet, dont le lancement est prévu dès la fin du ramadan, reliera le Nigeria à l’Algérie via le Niger, pour un tracé total de 4 800 kilomètres. La Sonatrach, l’entreprise nationale algérienne, supervisera les travaux sur le sol nigérien et formera des locaux à l’exploitation des infrastructures. Contrairement à d’autres acteurs internationaux, l’Algérie mise sur le transfert de compétences, une approche valorisant le développement local. Ce gazoduc permettra également d’approvisionner l’Europe en gaz naturel, renforçant ainsi l’influence d’Alger dans la région.

Deux visions concurrentes pour le Sahel

Les stratégies du Maroc et de l’Algérie, bien que complémentaires, s’affrontent en raison du conflit sahraoui. À Madrid et Washington, des discussions sur l’autonomie marocaine pour le Sahara occidental ont débuté. Une résolution de ce conflit pourrait permettre aux deux pays de collaborer sur des enjeux sécuritaires et démographiques critiques au Sahel, limitant ainsi la capacité des États de l’AES à jouer sur les rivalités régionales.

Le djihadisme prospère dans un terreau fertile : pauvreté et régimes autoritaires. L’Algérie mise sur ses ressources en hydrocarbures et son expertise via la Sonatrach, tandis que le Maroc mise sur des infrastructures majeures et une volonté de devenir un carrefour entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques. Deux approches qui, malgré leur complémentarité, restent en opposition en raison du conflit sahraoui. Une opportunité manquée pour une région en quête de stabilité.

*Le 26 septembre 2025, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, accusait l’Algérie de « soutenir le terrorisme international ». En réponse, Alger dénonçait une « rhétorique de soudard » via son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf.*