RDC : comment regagner la confiance face à Ebola dans le Nord-Kivu
Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la lutte contre le virus Ebola s’intensifie au Nord-Kivu, où un nouveau Centre de traitement Ebola a ouvert ses portes à Butembo. Face à la propagation du virus, Médecins Sans Frontières (MSF) mise sur une approche collaborative avec les communautés locales et les acteurs du terrain. L’objectif ? Retrouver la confiance des populations, adapter les soins aux réalités locales et renforcer la sensibilisation pour endiguer cette crise sanitaire.
Désinformation et méfiance : les obstacles majeurs à la lutte contre Ebola
Cette 17e épidémie d’Ebola frappe le Nord-Kivu dans un contexte déjà marqué par l’instabilité sécuritaire, aggravant la méfiance des habitants. À Butembo et Beni, les souvenirs douloureux de l’épidémie de 2018-2020 persistent : deuils non résolus, manque d’informations claires et restrictions strictes sur les visites aux malades ont profondément ébranlé la confiance envers les acteurs médicaux.
En 2019, les tensions avaient conduit à l’incendie partiel d’un Centre de traitement (CTE), contraignant MSF à suspendre temporairement ses activités dans la zone. « Certains nous ont dissuadés de nous rendre dans les centres de santé, affirmant que les médecins y rendaient les patients encore plus malades », témoigne Elise*, dont le mari a été testé positif au virus.
Les rumeurs, qui se propagent rapidement, alimentent les craintes. « Des personnes nient l’existence même de la maladie ou nous accusent d’empoisonnement », explique le Dr Pablo Paluku Lwanzo, médecin chef de la zone de santé de Butembo. À cela s’ajoute le traumatisme de l’« Ebola business », marqué par des abus et des dérives financières lors des précédentes crises, ce qui continue de menacer la sécurité des équipes humanitaires.
Une propagation exponentielle du virus
Au 13 juillet 2026, Butembo et Beni comptabilisaient respectivement 122 et 31 cas confirmés, avec 77 et 20 décès. « Ces chiffres sont probablement sous-estimés », alerte Hugo Soubrier, épidémiologiste de MSF au Nord-Kivu. « Les patients arrivent souvent dans un état très avancé, ce qui explique le taux de mortalité élevé. Plus de la moitié des personnes infectées ont été en contact avec des cas non identifiés. »
Un centre d’isolement innovant : réconcilier sécurité et lien familial
Denise suit avec attention les soins prodigués à sa sœur, hospitalisée dans le nouveau centre d’isolement de Butembo, ouvert début juillet par MSF. Grâce à une vitre transparente, elle peut lui rendre visite quotidiennement. « Pouvoir la voir me soulage », confie-t-elle.
Ce centre, aménagé dans un bâtiment réhabilité de l’hôpital général de référence, permet d’isoler les patients tout en maintenant un contact visuel avec leurs proches. « L’objectif est double : limiter la propagation du virus et préserver le lien social », précise Delmas Kalemba, responsable logistique de MSF.
Impliquer les communautés pour une lutte efficace
Pour enrayer la progression du virus, qui a désormais atteint les provinces de la Tshopo et du Haut-Uélé, MSF place les populations au cœur de sa stratégie. « Ce sont les habitants qui connaissent le mieux les réalités du terrain et l’expérience d’Ebola », souligne Margot Grelet, cheffe de projet à Butembo. « Notre rôle est d’apporter l’expertise médicale et les ressources nécessaires. »
Des réunions régulières avec les leaders communautaires et religieux permettent d’ajuster les interventions. L’enjeu ? Encourager la population à consulter dès les premiers symptômes pour maximiser les chances de guérison.
Des relais communautaires pour briser les idées reçues
À Beni, à 50 km de Butembo, MSF mise sur une approche similaire. « Nous travaillons avec les chefs de groupement, les leaders d’opinion et la société civile pour diffuser des messages de prévention adaptés », explique Delphine Ferry, responsable de la promotion de la santé.
Sur le terrain, 150 relais communautaires formés par MSF répondent aux interrogations des familles sur le virus Bundibugyo et les modalités d’accès aux centres de traitement.
Des soins de proximité pour restaurer la confiance
Cette stratégie de proximité se traduit par des actions concrètes. Outre un futur centre de 26 lits près de l’hôpital de référence de Beni, MSF soutient deux centres de santé locaux en leur offrant des soins primaires gratuits.
Douze chambres d’observation ont déjà été aménagées dans les aires de santé de Kanzulinzuli et Malepe, et onze autres sont en construction à Madrandele et Kasabinyole. Ces espaces permettent d’isoler et de soigner les cas suspects en toute sécurité, tout en maintenant un lien essentiel avec leurs proches.
*Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat des personnes interrogées.

Plus d'histoires
Burkina Faso : quand le mythe de l’eldorado défie la réalité des burkinabè
CEDEAO à Freetown : Nialé Kaba porte la voix d’Abidjan au Conseil des ministres
Visas étudiants français : quelles nouvelles règles pour les candidats camerounais ?