31 mai 2026

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Répression accrue contre la société civile au Burkina Faso

Une escalade inquiétante contre les défenseurs des droits au Burkina Faso

Depuis le coup d’État de septembre 2022, le gouvernement militaire du Burkina Faso multiplie les attaques contre les organisations de la société civile. Selon plusieurs observateurs internationaux, cette répression systématique vise à museler toute voix critique et à restreindre l’espace civique dans le pays.

Le 15 avril 2026, le ministre de l’Administration territoriale a annoncé la dissolution brutale de 118 associations, dont de nombreuses étaient engagées dans la défense des droits humains. Cette mesure s’appuie sur une loi controversée de juillet 2025 sur la liberté d’association, mais sans fournir de preuves tangibles des infractions alléguées.

Des accusations floues et des conséquences immédiates

Parmi les organisations dissoutes figurent des structures actives comme l’Action des Chrétiens contre la Torture (ACAT) et la Coalition Burkinabè pour les droits des femmes (CBDF). Pourtant, ces dernières semblaient respecter les exigences légales imposées par la nouvelle réglementation. La loi accorde en effet un délai d’un an pour se conformer, une période qui n’était pas encore écoulée au moment des dissolutions.

« Cette décision arbitraire illustre une stratégie délibérée pour étouffer toute opposition et éviter tout regard critique sur la gestion du pouvoir par la junte », déclare Binta Sidibé Gascon, présidente de l’Observatoire Kisal.

Une répression qui s’étend à tous les secteurs

Les autorités militaires n’ont pas épargné les médias indépendants, les travailleurs humanitaires ou les défenseurs des droits humains. Depuis 2022, des dizaines d’ONG nationales et internationales ont été suspendues, interdites ou expulsées sous des prétextes administratifs vagues. Certaines organisations, comme Comunità di Sant’Egidio ou Diakonia, ont vu leurs licences révoquées sans explication claire.

Les mesures répressives incluent également :

  • L’arrestation arbitraire de plus de 70 travailleurs humanitaires, majoritairement burkinabè ;
  • L’expulsion de hauts fonctionnaires étrangers, comme la représentante de l’ONU Carol Flore-Smereczniak en août 2025 ;
  • L’enrôlement forcé de journalistes et militants dans l’armée via un décret de mobilisation générale de 2023, utilisé de manière disproportionnée ;
  • L’imposition d’un visa statistique, obligatoire pour mener des recherches ou des enquêtes, rendant le travail humanitaire encore plus difficile.

Une loi controversée qui renforce le contrôle étatique

La loi de juillet 2025 sur la liberté d’association a été présentée comme un outil de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Pourtant, elle impose des contraintes lourdes aux ONG, notamment l’obligation pour les organisations étrangères de nommer des responsables locaux à des postes clés. Une disposition du Code de la famille de septembre 2025 va plus loin : elle autorise les autorités à retirer la nationalité burkinabè à toute personne jugée hostile aux intérêts de l’État, créant un risque d’apatridie.

« Cette loi ne respecte pas les normes internationales en matière de droits humains », souligne Ilaria Allegrozzi, chercheuse chez Human Rights Watch. « Les dissolutions massives et les restrictions administratives actuelles violent les libertés fondamentales garanties par le droit international ».

Un climat de peur qui étouffe la société civile

Les organisations internationales soulignent que la société civile joue un rôle crucial dans la protection des droits et la promotion de la transparence. Sa répression systématique affaiblit la démocratie et aggrave les crises humanitaires dans un pays déjà en proie à une insurrection islamiste.

« Une société civile libre est un rempart contre l’arbitraire et un levier pour les populations les plus vulnérables », rappelle Drissa Traoré, secrétaire général de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH). « Les autorités burkinabè doivent cesser cette répression et garantir le respect des droits fondamentaux ».

Alors que le Burkina Faso fait face à une crise sécuritaire sans précédent, la junte militaire semble privilégier la censure à la recherche de solutions durables. Les défenseurs des droits humains appellent à une levée immédiate des restrictions et à la libération de tous les détenus arbitrairement.