12 août 2026

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Retour des mineurs marocains depuis ceuta : un processus complexe mais nécessaire

Une mission prioritaire pour le gouvernement marocain

Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a reçu l’ordre d’accélérer le retour des jeunes Marocains se trouvant en Espagne, notamment à Ceuta. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’instructions royales visant à identifier et faciliter le rapatriement de ces mineurs, conformément aux engagements pris par les autorités. Pourtant, le nombre précis de jeunes concernés reste flou : les autorités espagnoles ont dénombré 1 527 mineurs non accompagnés à Ceuta après la crise récente, mais ce chiffre inclut des jeunes déjà présents sur place avant l’afflux migratoire des 30 et 31 juillet.

Un cadre légal établi mais exigeant

Contrairement aux idées reçues, l’Espagne n’interdit pas le retour des mineurs marocains vers leur pays d’origine. Depuis 2007, un accord bilatéral entre Rabat et Madrid encadre spécifiquement la prévention de l’émigration irrégulière des mineurs non accompagnés, leur protection et leur retour concerté. Ce texte prévoit une collaboration étroite pour localiser les familles des jeunes et organiser leur retour, sous réserve que leur intérêt supérieur soit préservé.

Cependant, cet accord ne permet pas un rapatriement massif et immédiat. Chaque mineur doit faire l’objet d’une évaluation individuelle rigoureuse, incluant la vérification de sa situation familiale, des consultations avec les autorités marocaines et la prise en compte de son avis. Le parquet espagnol joue également un rôle clé dans cette procédure pour garantir le respect des droits de l’enfant.

Cette exigence explique pourquoi les mineurs n’ont pas pu être renvoyés en masse, contrairement aux adultes, lors de l’afflux migratoire récent. Leur statut de mineurs protégés par les lois espagnoles prime sur leur entrée irrégulière.

Le précédent de 2021 : un frein majeur

La gestion des mineurs de Ceuta doit composer avec un lourd héritage. En août 2021, des centaines de jeunes avaient été renvoyés vers le Maroc dans l’urgence. Pourtant, la justice espagnole a depuis sanctionné cette opération. En janvier 2024, la Cour suprême a confirmé son illégalité, faute d’avoir respecté les garanties légales, notamment l’absence d’examen individuel approfondi de chaque situation.

Ce précédent judiciaire rend toute opération collective désormais impossible. Même si les deux pays souhaitent une solution rapide, les autorités espagnoles doivent prouver que chaque retour respecte scrupuleusement la législation en vigueur. Un défi de taille pour éviter de nouvelles condamnations.

Gérer l’urgence : répartir les mineurs en Espagne

Avant même de songer à leur retour, l’Espagne fait face à une pression logistique : la saturation de Ceuta. Pour y remédier, le gouvernement a mis en place un mécanisme de redistribution des mineurs vers d’autres régions espagnoles. Cette solution permet de désengorger l’enclave tout en poursuivant, en parallèle, l’examen des demandes de rapatriement vers le Maroc.

Cette approche divise pourtant le paysage politique espagnol. Si le gouvernement central privilégie la répartition territoriale pour soulager Ceuta, l’opposition, notamment le Parti populaire, exige un retour prioritaire vers le Maroc. Le président de Melilla, Juan José Imbroda, a d’ailleurs plaidé pour l’application immédiate de l’accord de 2007 avec Rabat.

La situation actuelle illustre moins un refus espagnol qu’une contrainte juridique. Rabat est prêt à reprendre ses ressortissants, mais Madrid ne peut acter leur départ qu’après une évaluation minutieuse de chaque dossier.

L’enjeu des prochaines semaines : coopération et rapidité

Les prochains mois seront déterminants. Le succès dépendra de la capacité des deux pays à coopérer pour identifier rapidement les familles des mineurs et réunir les éléments nécessaires à leur retour. L’expérience de 2021 rappelle qu’une précipitation mal maîtrisée expose les autorités à des recours judiciaires coûteux. Ainsi, chaque étape doit être menée avec la plus grande rigueur pour concilier efficacité et respect des droits fondamentaux.