4 juin 2026

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Rupture au sommet de l’État sénégalais : le choc des visions économiques entre Faye et Sonko

Le 23 mai 2026 marque un tournant décisif pour le Sénégal avec le limogeage d’Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye. Loin d’être une simple querelle de personnalités, cette séparation brutale révèle l’impossibilité de concilier deux approches économiques diamétralement opposées au sein du même gouvernement. Deux ans après l’alternance politique d’avril 2024, le socle du pouvoir se fissure sur des enjeux vitaux : la gestion de la dette publique, l’exploitation des hydrocarbures et la stratégie de financement du développement national.

La dette publique, point de rupture majeur

La question de l’endettement constitue la principale pierre d’achoppement entre les deux hommes. Dès septembre 2024, Ousmane Sonko avait jeté un pavé dans la mare en dénonçant l’ampleur des engagements financiers non déclarés par l’administration de Macky Sall. En mars 2025, une mission du FMI confirmait ces inquiétudes, évaluant à environ 7 milliards d’euros les dettes non comptabilisées. Avec un encours dépassant désormais les 100 % du PIB, le pays fait face à une pression financière colossale : le service de la dette exige 5 500 milliards de francs CFA annuellement, tandis que les besoins de refinancement frôlent les 6 000 milliards de francs CFA.

Face à cette situation critique, marquée par trois dégradations successives de la note souveraine du Sénégal en un an, deux stratégies se sont affrontées. D’un côté, Ousmane Sonko a adopté une posture de fermeté absolue, refusant toute restructuration et privilégiant la dénonciation publique du régime précédent pour souder sa base militante et la diaspora. Pour lui, négocier avec les institutions de Washington aurait été perçu comme un renoncement à sa légitimité politique.

À l’inverse, Bassirou Diomaye Faye a privilégié la voie de la diplomatie financière. Le chef de l’État a multiplié les échanges avec le FMI, recevant officiellement ses émissaires en novembre 2025 et initiant un dialogue national en mai 2026. Alors que le programme d’aide de 1,55 milliard d’euros restait suspendu et que la menace d’un défaut de paiement planait pour 2028, la ligne de Sonko est devenue intenable sur le plan économique, malgré son efficacité politique pour mobiliser les partisans du Pastef.