15 mai 2026

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Tchad : le quotidien des vendeuses ambulantes et l’avenir incertain de leurs enfants

Tchad : le quotidien des vendeuses ambulantes et l’avenir incertain de leurs enfants

Dans les artères des villes tchadiennes, une armée de femmes s’affirme chaque jour un peu plus. Équilibrant des bassines débordantes de produits frais ou artisanaux, elles animent les marchés avec une énergie inépuisable. Entre les cris des marchands, les klaxons des motos et l’ardeur du soleil, leur combat quotidien se joue sous nos yeux. N’Djamena, Moundou ou Abéché deviennent les théâtres d’une révolution discrète mais tenace.

Femme vendeuse ambulante au Tchad avec son enfant

Des femmes qui se battent pour leur indépendance

À l’aube, Aïcha entame sa journée de labeur. Ses mains, habituées aux charges, serrent une bassine remplie d’arachides grillées. Son enfant, accroché à son dos, suit le rythme imposé par la cadence du marché. « Avant, je dépendais de mon mari. Aujourd’hui, je gagne ma vie. C’est épuisant, mais j’ai ma liberté », confie-t-elle avec une fierté teintée de fatigue. Près d’elle, Fanta surveille une poêle de galettes fumantes, tandis que son fils de cinq ans s’amuse avec un déchet plastique, ses pieds nus soulevés par la poussière des ruelles.

Ces femmes, autrefois cantonnées aux tâches domestiques, ont choisi un autre chemin. Marchés bondés, rues poussiéreuses, négociations serrées : elles ont transformé le bitume en terrain de conquête. Leur présence grandissante dans les villes comme N’Djamena ou Moundou symbolise une évolution sociale majeure. Mais cette indépendance a un prix.

Les enfants, premières victimes de cette réalité

Derrière chaque vendeuse ambulante se cachent des visages d’enfants. Certains portent des seaux d’eau pour quelques pièces, d’autres s’assoupissent près des braseros, étouffés par la fumée. Un père de famille rencontré à Abéché raconte : « J’ai vu un enfant de sept ans, courbé sous un seau d’eau, quémandant un franc tandis que sa mère discutait le prix d’un sac de mil ». L’école ? Pour beaucoup, c’est un luxe inaccessible. Les allées des marchés, avec leurs dangers et leur précarité, deviennent leur quotidien.

Ces scènes, répétées à l’infini, soulèvent une question cruciale : dans cette quête d’autonomie féminine, où se situe la place des enfants ? Leur avenir est-il sacrifié au profit de la liberté de leurs mères ? Le marché, terrain de survie pour les unes, devient le décor d’une enfance volée pour les autres.

Un équilibre précaire entre survie et espoir

Les vendeuses ambulantes du Tchad incarnent une réalité complexe. Leur détermination force l’admiration, mais leur combat a un visage caché : celui de leurs enfants. Entre les mains qui tiennent les balances et les petits pieds qui foulent le sol des marchés, se joue une partie de l’avenir du pays.

Faut-il voir dans cette tendance une avancée sociale ou un symptôme d’une société en crise ? Une chose est sûre : tant que les solutions ne viendront pas, des générations d’enfants continueront de grandir entre deux mondes, celui de leurs mères, héroïnes du quotidien, et celui d’un avenir incertain.