29 avril 2026

Vaccination contre rougeole et méningite au Niger : point complet

vaccination contre rougeole et méningite au Niger : point complet

Miriam Alía, responsable de la vaccination et de la réponse aux épidémies chez Médecins Sans Frontières, analyse les épidémies de méningite C et de rougeole qui ont frappé le Niger depuis début 2018.

quelles sont les causes des épidémies de méningite C et de rougeole au Niger ?

Le Niger a subi en 2018 plusieurs vagues épidémiques de méningite C et de rougeole, deux affections hautement contagieuses et potentiellement mortelles. Malgré l’existence de vaccins, des obstacles structurels et logistiques ont empêché une couverture vaccinale optimale.

méningite C : des défis majeurs dans l’accès aux vaccins

Contrairement au vaccin contre la rougeole, intégré depuis 1974 dans les programmes nationaux, aucun vaccin abordable et efficace ne couvre tous les sérogroupes de la méningite. Les laboratoires pharmaceutiques, peu incités par ces marchés, limitent leur production, rendant les campagnes de vaccination réactives plutôt que préventives. Par ailleurs, la couverture vaccinale insuffisante pour la rougeole favorise la transmission de la maladie.

la ceinture de la méningite en Afrique : une situation contrastée

Bien que la région, souvent appelée ceinture de la méningite, ait connu une année relativement calme en 2018, la production de vaccins contre le sérogroupe C reste insuffisante. Le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins a fixé un stock minimal de cinq millions de doses, mais cet objectif n’a pu être atteint. Les campagnes de vaccination ne sont lancées qu’une fois le seuil épidémique dépassé, alors qu’une approche préventive serait préférable.

pourquoi observe-t-on une pénurie de vaccins contre la méningite ?

La méningite se décline en plusieurs sérogroupes (A, B, C, W135, X), et aucun vaccin unique ne les couvre tous. Le vaccin conjugué tétravalent, efficace contre les quatre sérogroupes les plus fréquents, est coûteux et son accès limité. Le Serum Institute of India développe un vaccin pentavalent (A, C, Y, W-135, X), mais sa commercialisation n’est attendue qu’en 2020. En attendant, la production insuffisante et les coûts élevés dissuadent les laboratoires d’investir dans de nouveaux vaccins.

quelle a été la réponse vaccinale face à l’épidémie de méningite C au Niger ?

Avec le ministère de la Santé, plus de 30 000 personnes ont été vaccinées contre la méningite C dans la région de Tahoua. Une surprise est venue de l’émergence de cas du sérogroupe X, pour lequel aucun vaccin n’existe actuellement, soulignant un enjeu majeur pour les années à venir.

quelles stratégies de prévention alternatives existent pour la méningite C ?

Une nouvelle approche a été testée au Niger en 2017 : l’administration d’une dose d’antibiotique, la ciprofloxacine. Une étude publiée dans « PLOS Medicine » en juin 2018 a démontré que cette méthode, lorsqu’elle est appliquée à l’ensemble des habitants d’une zone rurale, réduit significativement la transmission de la maladie. Des recherches complémentaires sont en cours pour évaluer son efficacité en milieu urbain, où elle pourrait devenir un outil précieux face à des épidémies de faible ampleur.

95 %

Pour limiter la propagation de la rougeole, une couverture vaccinale minimale de 95 % est indispensable, mais ces objectifs sont difficiles à atteindre dans le contexte nigérien.

pourquoi le calendrier vaccinal systématique ne suffit-il pas à enrayer les épidémies de rougeole ?

Au Niger, le protocole national prévoit une vaccination jusqu’à 23 mois, mais les vaccins fournis par GAVI ne couvrent que les enfants de moins de 12 mois. La dose de rappel à 15 mois est absente, et les enfants de plus d’un an ne sont pas vaccinés. Par ailleurs, l’accès aux centres de santé est limité pour une grande partie de la population, notamment en raison de la transhumance ou des conflits. Une couverture vaccinale de 95 % est pourtant nécessaire pour stopper la propagation de la rougeole.

comment améliorer la couverture vaccinale au Niger ?

Il est essentiel de rendre le calendrier vaccinal plus flexible, en le prolongeant jusqu’à 5 ans, et d’intégrer systématiquement la mise à jour des carnets de vaccination lors de chaque contact avec le système de santé. Des campagnes multiantigéniques devraient également être organisées pour protéger les enfants contre plusieurs maladies simultanément. Par exemple, à Arlit (Agadez), une campagne contre la rougeole inclut aussi le vaccin pentavalent et antipneumococcique pour maximiser l’impact.

Dans la mesure du possible, le vaccin contre le tétanos est également administré aux femmes enceintes ou en âge de procréer, bien que cinq doses soient requises. En saisissant ces opportunités, MSF et le ministère de la Santé visent à protéger les mères et les nouveau-nés. Chaque contact avec le système de santé doit être exploité pour vacciner contre les maladies évitables.

Depuis début 2018, MSF et le ministère de la Santé ont vacciné 179 460 personnes au Niger : 145 843 enfants de 6 mois à 15 ans contre la rougeole dans neuf centres de santé des régions de Tahoua et d’Agadez, et 33 620 personnes de 2 à 29 ans contre la méningite C dans trois centres de Tahoua. Une campagne est actuellement en cours à Arlit (Agadez) pour vacciner plus de 50 000 enfants de moins de 5 ans, avec l’ajout du vaccin pentavalent et antipneumococcique pour les moins d’un an.

[1] Les seuils d’alerte et épidémique sont fixés respectivement à 5 et 15 cas de méningite pour 100 000 habitants et par semaine dans les localités de plus de 30 000 habitants. Le seuil épidémique peut être réduit à 10 cas/100 000 habitants/semaine en cas de risque élevé d’épidémie.

[2] Le vaccin pentavalent protège contre la diphtérie, la coqueluche, le tétanos, Haemophilus influenzae type B et l’hépatite B.