11 mai 2026

Venance Konan et les dérives du panafricanisme contemporain

Alors que la justice en Afrique du Sud s’apprête à trancher sur le sort de Kémi Séba, appréhendé en avril dernier lors d’une tentative d’entrée illégale au Zimbabwe, l’écrivain Venance Konan s’interroge sur la légitimité de l’activiste en tant que figure de proue du panafricanisme moderne. Cette situation est l’occasion de revisiter l’évolution de ce courant idéologique et ses transformations actuelles.

Le cas de Stellio Gilles Robert Capo Chichi, plus connu sous le nom de Kémi Séba, interpelle. Ce ressortissant du Bénin, muni d’un passeport diplomatique du Niger, a été intercepté en compagnie d’un militant suprémaciste blanc sud-africain, nostalgique de l’époque de l’apartheid. Cette alliance surprenante entre un défenseur de la cause noire et un radical blanc interroge sur les motivations réelles de l’activiste.

Président de l’organisation « Urgences panafricanistes », Kémi Séba s’est illustré par ses diatribes contre la présence française et le franc CFA, des positions qui ont conduit à la perte de sa nationalité française. Aujourd’hui, il fait face à un mandat d’arrêt au Bénin pour apologie de crimes contre l’État, après avoir soutenu des militaires impliqués dans une tentative de coup d’État.

Des relais d’influence entre Moscou et le Sahel

Aux côtés de figures comme Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, Kémi Séba domine l’espace numérique francophone. Si leur discours se veut libérateur vis-à-vis de l’Occident, ils apparaissent surtout comme les vecteurs de l’influence russe en Afrique. Leur soutien indéfectible aux régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES) — au Mali, au Burkina Faso et au Niger — pose une question fondamentale : le nouveau panafricanisme consiste-t-il à troquer une tutelle pour une autre, tout en cautionnant des systèmes autoritaires qui rejettent les principes démocratiques ?

Le panafricanisme, à l’origine, est une quête de dignité et d’autodétermination née au début du 20e siècle. Porté par des intellectuels de la diaspora puis par des leaders comme Kwame Nkrumah au Ghana ou Sékou Touré en Guinée, ce mouvement visait l’unité politique et économique du continent.

De l’idéal d’unité aux réalités des nationalismes

L’histoire du mouvement est marquée par des moments forts, comme l’action de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF), qui a lutté pour l’émancipation avant d’être dissoute en 1980. Cependant, après les indépendances des années 1960, l’élan unitaire s’est souvent brisé contre les micro-nationalismes. Les tentatives de créer un État fédéral, comme celles portées plus tard par Mouammar Kadhafi avec la transformation de l’OUA en Union africaine, n’ont pas abouti à une intégration réelle.

Aujourd’hui, le terme « panafricaniste » est devenu un passage obligé pour tout leader politique africain, de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire avec le PPA-CI aux dirigeants du PASTEF au Sénégal. Pourtant, la réalité sur le terrain est souvent celle de la méfiance entre voisins, de tensions régionales entre la CEDEAO et le Sahel, ou encore de poussées de xénophobie envers les autres ressortissants du continent, notamment en Afrique du Sud.

Une urgence de cohérence pour l’Afrique

Pour Venance Konan, le panafricanisme incarné par le trio Séba-Nyamsi-Yamb semble dévoyé. Comment revendiquer l’indépendance tout en servant des intérêts étrangers russes ou en soutenant des dictatures qui répriment toute opposition ? Des révélations récentes suggèrent même des contradictions internes et des intérêts opportunistes derrière ces postures radicales.

Le constat est sévère : ce militantisme de façade s’apparente parfois à une forme de manipulation. Néanmoins, face aux pressions mondiales et aux appétits des grandes puissances, l’union de l’Afrique reste une nécessité vitale. Le continent doit impérativement trouver la voie d’un rassemblement sincère et efficace pour garantir sa survie et sa souveraineté.