7 septembre 2026

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À Bamako le journaliste Abdrahamane Keïta fait face à la justice pour ses écrits sur la sécurité à Kidal

En traduisant le journaliste Abdrahamane Keïta devant le Pôle spécialisé de lutte contre la cybercriminalité, les autorités de transition à Bamako franchissent une nouvelle étape dans la censure des voix indépendantes. Le tort de ce professionnel de l’information est d’avoir partagé une analyse lucide concernant la dégradation de la situation sécuritaire à Kidal et les difficultés rencontrées par les forces armées.

Au lieu d’apporter des réponses claires aux inquiétudes légitimes des citoyens face à l’instabilité dans le Nord, le pouvoir militaire choisit à nouveau d’orienter l’appareil judiciaire contre les observateurs neutres. En s’appuyant sur la législation relative à la cybercriminalité, les dirigeants tentent d’imposer un silence total et de bloquer toute discussion constructive sur la gestion du conflit.

La répression systématique des voix critiques au Sahel

Les poursuites engagées contre Abdrahamane Keïta s’ajoutent à une liste de plus en plus longue de personnalités réduites au silence pour avoir contesté la communication officielle :

  • Au Mali, le célèbre chroniqueur Mohamed Youssouf Bathily (dit Ras Bath) reste emprisonné pour ses prises de position publiques, tout comme l’universitaire Étienne Fakaba Sissoko, condamné à de la prison ferme après la publication d’un ouvrage critique sur la propagande d’État. L’activiste Rokia Doumbia a également été incarcérée après avoir dénoncé l’inflation et la gestion politique, tandis que des figures telles que Clément Dembélé ont subi des arrestations arbitraires et des disparitions temporaires.
  • Dans les pays voisins du Sahel, des méthodes similaires sont appliquées. Au Burkina Faso, des journalistes et chroniqueurs à l’instar de Serge Oulon, Alain Traoré ou Kalifara Séré ont été enlevés ou réquisitionnés de force pour être envoyés sur le front après avoir exprimé des doutes sur la stratégie militaire. Au Niger, des professionnels des médias comme Moussa Kaka subissent toujours des pressions constantes et des interpellations récurrentes.

La vérité considérée comme une menace directe

Cet acharnement contre les acteurs de la presse démontre une stratégie bien établie : assimiler toute analyse divergente de la ligne gouvernementale à une « tentative de démoralisation des troupes » ou à une « atteinte à la sûreté de l’État ». Alors que la situation sécuritaire se complique sur le terrain, le gouvernement de transition rejette systématiquement la critique, rendant le travail d’investigation quasiment impossible.

Un espace médiatique étouffé par la peur

Cette affaire s’inscrit dans un climat d’intimidation généralisé visant à éliminer toute contradiction dans l’espace public. Les convocations répétées, les arrestations ciblées et les suspensions de médias sont désormais courantes pour ceux qui refusent de devenir de simples relais de propagande. En ciblant un journaliste pour son travail de documentation sur la réalité à Kidal, les autorités révèlent leur fébrilité et leur volonté de maintenir le pays sous un contrôle informationnel absolu.