3 août 2026

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Abidjan mise sur ses ressources minières pour une croissance africaine autonome

À Abidjan, les nations africaines riches en minéraux stratégiques et leurs alliés internationaux ont partagé une même vision : transformer ces ressources naturelles en levier de croissance économique, industrielle et sociale. L’enjeu ? Maximiser la création de valeur locale tout en structurant des filières régionales capables de répondre à l’explosion de la demande mondiale.

Une conférence ministérielle s’est tenue à Abidjan pour établir un nouveau cadre de coopération autour des minéraux critiques. Y participaient des ministres africains des Mines, de l’Énergie, de l’Industrie et de l’Économie verte, ainsi que des représentants de la Commission de l’Union africaine, du secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, de banques régionales et d’investisseurs internationaux.

Un nouveau pacte minier pour une Afrique souveraine

L’objectif central de cette rencontre était de permettre au continent de tirer pleinement parti de ses réserves de minéraux stratégiques, estimés à 29 500 milliards de dollars, afin de les convertir en un moteur de développement durable et inclusif.

Le président de la BAD appelle à une révolution des ressources naturelles

Lors de l’ouverture des débats, Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement (BAD), a insisté sur la nécessité d’un « changement de paradigme » pour une meilleure gestion des ressources africaines.

« Notre ambition est claire : établir un partenariat inédit pour que l’Afrique maîtrise mieux ses ressources et en tire profit directement pour ses populations », a-t-il déclaré. Il a souligné l’importance de la transformation locale des matières premières pour générer plus de valeur ajoutée, ainsi que la réforme du financement du développement.

« Avec plus de 100 institutions de financement du développement en Afrique, leur impact cumulé ne représente que 1 % du bilan mondial. Il est urgent de les consolider et de les recapitaliser », a-t-il insisté. Pour lui, le développement d’infrastructures robustes et la promotion d’industries locales sont essentiels pour une exploitation optimale des ressources minières.

La Côte d’Ivoire mise sur son sous-sol pour son avenir économique

Mamadou Sangafowa-Coulibaly, ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, a rappelé l’importance d’une solidarité continentale renforcée.

« Chaque pays doit s’engager dans une trajectoire commune pour transformer ces ressources en richesses durables. Aucune nation ne peut y parvenir seule. Nous devons créer des chaînes de valeur régionales », a-t-il affirmé. Il a également évoqué le potentiel minier de la Côte d’Ivoire, où près de 75 % du territoire pourrait abriter des minéraux stratégiques.

Cette ressource est un pilier de la stratégie du président Alassane Ouattara, qui vise à faire de la Côte d’Ivoire un pays à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030. Pour y parvenir, Abidjan mise sur un plan intégré couvrant la période 2026-2040, avec un budget de 38 000 milliards de francs CFA, dont 88 % seront financés par le secteur privé.

Un potentiel minier colossal face à une demande mondiale en pleine expansion

L’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales des minéraux les plus critiques pour la transition énergétique, comme le cobalt, le lithium, le graphite, les terres rares, le cuivre, le manganèse et le nickel.

Avec une valeur estimée à près de 29 500 milliards de dollars, ces ressources représentent plus de huit fois le PIB annuel du continent et près de 20 % des réserves mondiales. Pourtant, environ 8 600 milliards de dollars de ces minerais restent inexploités.

D’ici 2040, la demande mondiale devrait exploser : les besoins en métaux du groupe du platine pourraient augmenter de plus de 1 000 %, ceux du lithium de 842 % et ceux du cuivre de 88 % par rapport à 2023.

Une opportunité historique pour l’industrialisation africaine

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de mutation industrielle mondiale, portée par la transition énergétique. La chaîne de valeur des véhicules électriques et des batteries pourrait atteindre 59 000 milliards de dollars d’ici 2050, contre 7 000 milliards en 2030.

Face à cette opportunité sans précédent, les dirigeants africains présents à Abidjan ont réaffirmé leur détermination à rompre avec le modèle traditionnel d’exportation brute. Leur objectif ? Faire des minéraux critiques un pilier de l’industrialisation, de la création d’emplois et de la prospérité durable du continent.