17 juillet 2026

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Accord controversé sur l’eau entre RDC et Tchad : quelles menaces pour la souveraineté hydrique ?

Un différend historique autour des ressources hydriques

Les débats parlementaires en République démocratique du Congo (RDC) ont été marqués par une vive tension lorsque la députée Eve Bazaïba a exigé que le gouvernement congolais rende public un accord controversé sur la gestion des eaux du fleuve Congo. Cet accord, jamais rendu accessible malgré les demandes répétées, a suscité des craintes quant à une possible dilution de la souveraineté hydrique du pays. Eve Bazaïba, ancienne ministre de l’Environnement et actuelle ministre d’État en charge des Affaires sociales, avait déjà alerté en 2021 sur un « complot international ourdi contre la RDC, avec des complicités internes ».

Les déclarations provocatrices du Tchad

L’ancien président tchadien Idriss Déby Itno avait déjà tenu des propos alarmants, déclarant : « Si le Congo ne veut pas nous donner de l’eau, nous serons obligés de la prendre d’une manière ou d’une autre ! ». Ces déclarations, faites dans un contexte de tensions régionales, ont ravivé les craintes d’une ingérence dans la gestion des ressources hydriques de la RDC. Après sa mort en 2021, son fils Mahamat Idriss Déby Itno a pris la relève, consolidant son pouvoir avec le soutien de Félix Tshisekedi, qui a même vu une artère majeure de N’Djamena rebaptisée en son honneur.

Un forum africain pour un enjeu continental

Lors du « Forum africain de l’eau » organisé à N’Djamena, Félix Tshisekedi a présenté cinq orientations majeures pour une gestion durable des ressources hydriques en Afrique. Parmi elles, la nécessité de renforcer la gouvernance, de structurer des projets financièrement viables et de faire de l’eau un levier d’industrialisation. Le président congolais a insisté sur l’idée qu’« aucun État ne peut garantir seul sa sécurité hydrique », plaidant pour une coopération continentale.

Parmi les objectifs affichés : porter à 60 % le taux d’accès à l’eau potable en RDC d’ici 2035, et améliorer les infrastructures dans 80 % des écoles et établissements de santé. Cependant, malgré ces ambitions, le forum n’a réuni que quatre pays membres de la Commission du bassin du lac Tchad : la RDC, le Tchad, le Gabon, la Mauritanie et le Bénin. Le Cameroun, le Niger et le Nigeria, pourtant directement concernés par la crise du lac Tchad, ont boudé l’événement.

Un boycott révélateur des tensions sous-jacentes

L’absence des principaux pays riverains du lac Tchad interroge. En 2019, l’ancien ministre congolais des Affaires étrangères, Patrick Mayombe, avait révélé que des acteurs non étatiques, comme une ONG dirigée par un certain Kalele à Kisantu, se seraient attribué le droit de signer des textes au nom de la RDC concernant le transfert des eaux de l’Ubangi vers le lac Tchad. Ces manœuvres, menées en marge des institutions officielles, illustrent les risques d’une perte de contrôle sur les ressources hydriques.

La RDC face à son destin hydrique

Des voix s’élèvent pour dénoncer une gestion anarchique des ressources en eau. L’ancien sénateur et ministre Modeste Mutinga Mutuishayi, dans son ouvrage « La République des Inconscients », met en garde : « Si l’eau, c’est la vie, et que la vie n’a pas de prix, alors que ceux qui nous gouvernent n’ont pas encore pris la mesure du suicide collectif qui nous guette. »

Entre enjeux géopolitiques et gestion locale défaillante, la question de l’eau en RDC reste un défi majeur pour l’avenir du pays.