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Au Mali, les anciens hommes forts de la politique face à l’étouffement militaire

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L’ombre du général Assimi Goïta plane désormais sur l’échiquier politique malien. Trois ans après le putsch qui a bouleversé l’équilibre du pays, les anciens piliers de la vie politique nationale, habitués à trôner sur les plateaux médiatiques et à décider des destins collectifs, se retrouvent aujourd’hui confrontés à une issue aussi brutale que silencieuse : la prison, l’exil ou une effacement définitif. Mais au-delà des destins individuels brisés, c’est toute une ère qui s’éteint — et avec elle, les perspectives d’un retour à l’ordre démocratique que beaucoup appelaient de leurs vœux.

Une stratégie d’usure sans précédent : les trois visages de l’éviction

La disparition des figures emblématiques de la politique malienne n’est pas le fruit du hasard. Le régime militaire a orchestré un démantèlement méthodique de l’influence historique des partis politiques traditionnels, à travers une offensive en trois fronts :

1. La justice comme arme de neutralisation politique

Les tribunaux malien n’ont plus seulement rendu des verdicts ; ils sont devenus des salles de contrôle où s’achève le parcours des anciens puissants. De Choguel Maïga, l’ancien Premier ministre dont les prises de position ont pourtant servi de socle idéologique au pouvoir, aux cadres du Rassemblement pour le Mali (RPM) et de l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA), tous ont été rattrapés par des accusations aux contours flous — « atteinte à la sûreté de l’État », « propos subversifs » ou encore « corruption ». La détention préventive, parfois prolongée indéfiniment, est devenue l’outil privilégié pour écarter toute velléité de contestation durable.

2. L’exil : une fuite sans retour en arrière ?

Pour ceux qui ont choisi la voie des cieux plutôt que celle des barreaux, l’exil n’a rien d’un refuge temporaire. Depuis Abidjan, Dakar ou Paris, les anciens ministres et cadres de partis tentent de maintenir une influence résiduelle. Mais dans un contexte où les médias nationaux sont sous contrôle et où les canaux de communication sont surveillés, leurs messages peinent à percer le mur d’un récit national entièrement façonné à Bamako. Certains espèrent encore une chute du régime pour rentrer ; d’autres savent que leur retour sera synonyme de prison.

3. L’autocensure, dernier rempart des derniers présents

Rester au pays, mais se taire. C’est le choix imposé à ceux qui refusent l’exil ou la prison. Les partis politiques sont suspendus. Les associations sont dissoutes. Toute critique ouverte est assimilée à une « trahison » ou à une complicité avec des « forces étrangères déstabilisatrices ». Dans les coulisses des salons clos et des réseaux informels, les anciens ténors échangent des regards complices, mais les mots meurent souvent avant d’être prononcés.

Le rejet populaire, une opportunité saisie par la junte

Le pouvoir militaire n’a pas agi seul dans cette entreprise d’effacement. Il a bénéficié d’un terreau fertile : une population exaspérée par trois décennies de gouvernance chaotique, de promesses non tenues et de gestion calamiteuse des crises sécuritaires. En désignant la « classe politique traditionnelle » comme le bouc émissaire idéal de l’échec national, Assimi Goïta a réussi à inverser le rapport de force. Le discrédit était déjà là ; il ne restait plus qu’à en faire une lame de fond pour justifier l’exclusion définitive.

La transition sous contrôle : une démocratie mise en veilleuse

Ce qui a commencé comme un discours de dépolitisation maîtrisée s’est transformé en une remise à plat institutionnelle sans précédent. Le report à répétition des élections, la suspension des assemblées élues et la mise en place d’instances de transition aux mains d’alliés du régime ont scellé le sort des partis politiques. Ces derniers, autrefois arbitres des équilibres nationaux, sont aujourd’hui réduits au rang de figurants. Leurs leaders, hier invités dans les talk-shows, ne sont plus que des noms que l’on évoque dans les couloirs des ministères, à voix basse.

Un vide politique aux conséquences imprévisibles

La neutralisation des anciens hommes forts du Mali a offert au pouvoir militaire une stabilité de surface. Mais en étouffant toute opposition structurée, en privant le pays de ses médiatrices traditionnelles et en coupant les ponts avec les générations futures de dirigeants, la junte prend un pari risqué. Sans contre-pouvoirs, sans espace de débat contradictoire, le régime se retrouve confronté à un dilemme : gouverner dans l’isolement, face à des défis sécuritaires et économiques toujours plus pressants.

Les anciens ténors de la politique malienne ne sont pas seulement emprisonnés, exilés ou réduits au silence. Ils incarnent aujourd’hui l’échec d’un système qui n’a su ni les remplacer ni les intégrer. Leur sort pose une question cruciale : jusqu’où peut-on aller dans l’étouffement d’une classe dirigeante sans risquer l’asphyxie de l’ensemble du pays ?

Une chose est sûre : le Mali de demain ne ressemblera ni à celui d’hier, ni à celui que beaucoup espéraient.

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