Au Burkina Faso, la lutte anti-terroriste se transforme en persécution systémique
Le Burkina Faso traverse une période d’une violence sans précédent, où la lutte contre les groupes armés se double d’une répression ciblant spécifiquement la communauté peule. Depuis le coup d’État de septembre 2022 mené par le capitaine Ibrahim Traoré, les tensions entre le pouvoir central et cette minorité ethnique n’ont cessé de s’aggraver. Entre opérations militaires controversées et restrictions économiques brutales, les Peuls burkinabés dénoncent une stratégie délibérée d’exclusion et d’affaiblissement.
Des exactions militaires qui alimentent la défiance
Sous couvert de la lutte contre le terrorisme, les forces de sécurité et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) sont accusés de commettre des exactions contre les populations civiles peules. Plusieurs témoignages et rapports locaux évoquent des interventions meurtrières dans des villages majoritairement peuplés de Peuls, dans le nord du pays. Les récits se multiplient : villages incendiés, civils pris pour cibles, et une impunité généralisée pour les auteurs de ces violences.
Pour les leaders peuls, ces actes ne sont pas de simples erreurs opérationnelles, mais le reflet d’une politique de répression ethnicisée. Une forme de stigmatisation qui associe systématiquement cette communauté aux groupes armés, alors même que la majorité des Peuls sont des citoyens pacifiques, souvent victimes des mêmes groupes terroristes.
Le bétail, cible d’un blocus économique dévastateur
L’étau se resserre aussi sur l’économie des Peuls, avec un décret récent qui restreint, voire interdit, l’exportation et le commerce du bétail vers la Côte d’Ivoire. Or, ce commerce représente depuis des générations le socle de l’autonomie financière des pasteurs burkinabés. En fermant l’accès à leur principal marché, le régime de Traoré plonge des milliers de familles dans une précarité extrême.
Les conséquences sont dramatiques :
- Paupérisation accélérée des foyers peuls, incapables d’assurer leurs besoins vitaux (nourriture, soins, éducation) ;
- Effondrement des échanges commerciaux au sein de la CEDEAO, perturbant des flux économiques historiques ;
- Exode rural des jeunes pasteurs, contraints de quitter leurs terres faute de perspectives.
Une stratégie de division aux relents identitaires
Pour de nombreux observateurs, la politique menée par Ibrahim Traoré ne se limite pas à une gestion sécuritaire du conflit. Les massacres ciblés, l’absence d’enquêtes crédibles et le discours guerrier du régime alimentent une défiance généralisée. Le Burkina Faso, autrefois salué pour sa cohésion sociale, risque de voir son unité nationale menacée par cette escalade de violences et de marginalisation.
« Une approche sécuritaire qui cible une ethnie entière ne fait qu’alimenter les cycles de vengeance et fragilise davantage la stabilité du pays », alerte un spécialiste des questions sahéliennes. « Le terrorisme ne se combat pas en créant de nouvelles injustices. »
Un appel à la communauté internationale
Alors que les appels à l’aide des Peuls burkinabés résonnent au-delà des frontières, la responsabilité des acteurs régionaux et internationaux devient cruciale. Une dérive identitaire au Burkina Faso pourrait avoir des répercussions en cascade dans toute la sous-région, où les tensions ethniques et les conflits armés s’entremêlent.

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