Caisse des Dépôts et Consignations : un outil clé pour financer les infrastructures au Cameroun
Face à la réduction des financements extérieurs traditionnels, le Cameroun mise sur la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) pour mobiliser l’épargne intérieure et soutenir son développement infrastructurel. Une initiative stratégique lancée en 2023.
Une réponse stratégique face au retrait des financements extérieurs
Face à la contraction de l’accès aux financements extérieurs classiques, comme les prêts concessionnels multilatéraux ou l’aide publique au développement, le Cameroun s’appuie désormais sur une solution endogène : la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC). Opérationnalisée en janvier 2023 par décret présidentiel, cette institution, créée en 2008, a pour mission de mobiliser l’épargne intérieure pour soutenir le financement des infrastructures. « La CDEC représente une réponse concrète à la rareté des financements extérieurs, en transformant des ressources jusqu’alors inactives en leviers de développement durable », souligne l’expert Patrick Duprix Anicet Mani.
Un modèle inspiré des meilleures pratiques internationales
Le modèle français de la Caisse des Dépôts, éprouvé depuis des décennies, sert de référence à la CDEC camerounaise. Cette structure permet de centraliser des fonds réglementés (Livret A, fonds notariaux, comptes inactifs) auprès d’un établissement public sécurisé, puis de les transformer en prêts long terme pour financer des infrastructures clés : logements sociaux, rénovation urbaine, fibre optique ou transports. Chaque euro collecté devient ainsi un investissement dans l’économie réelle, avec un effet multiplicateur sur la croissance.
La CDEC camerounaise reproduit cette architecture en collectant, sécurisant et optimisant des ressources jusqu’alors oisives, pour les orienter vers des politiques publiques ambitieuses.
Des résultats tangibles en moins de trois ans
Depuis son lancement, la CDEC a déjà permis de centraliser plus de 151 milliards de FCFA (soit environ 260 millions de dollars), selon les déclarations de Richard Evina Obam, son directeur général. Ce montant, bien que significatif, ne représente qu’une partie du potentiel identifié. Les estimations initiales évoquaient en effet plus de 1 000 milliards de FCFA en fonds en déshérence dans le système bancaire camerounais.
Pour accélérer la collecte, un décret du Premier ministre, adopté le 1er décembre 2023, impose aux banques, assurances, notaires et greffes de transférer leurs fonds consignés sous peine d’audits externes et d’intérêts de retard calculés sur la base du taux de prêt marginal de la BEAC majoré de deux points. Cette mesure coercitive renforce la crédibilité de l’institution et sécurise sa montée en puissance.
Les quatre piliers de la collecte
- Les dépôts réglementés : fonds de notaires, comptes bancaires inactifs.
- Les consignations administratives : cautionnements liés aux marchés publics.
- Les consignations judiciaires : fonds liés à des mises en liberté ou des règlements judiciaires.
- Une quatrième catégorie de ressources assimilées.
Vers une filiale bancaire dédiée au financement des infrastructures
L’étape la plus déterminante pour l’avenir de la CDEC réside dans la création d’une filiale bancaire spécialisée, dont l’étude de faisabilité a été lancée en février 2025. Cette filiale aura pour mission d’accompagner l’État, les collectivités territoriales et les entreprises dans la levée de fonds pour financer des projets d’infrastructures majeures. Son rôle sera de proposer des produits financiers adaptés aux acteurs camerounais, avec une vision de long terme.
Parmi ses principales fonctions : soutenir les PME dans l’accès à la commande publique, faciliter les introductions en bourse, et proposer des prêts, garanties ou crédits-bail sur mesure. Ce modèle s’inspire directement de la Banque des Territoires en France, qui permet à la Caisse des Dépôts de passer d’un simple dépositaire de fonds à un investisseur structurant dans l’économie réelle.
Domaines prioritaires pour le Cameroun
La CDEC pourrait intervenir dans plusieurs secteurs clés pour le développement du pays, en s’inspirant des succès observés en France :
- Logement social : financement du programme des 10 000 logements, en parallèle des prêts HLM français.
- Infrastructures urbaines : assainissement de Yaoundé et Douala, voirie urbaine, en s’appuyant sur des modèles comme l’ANRU ou le Grand Paris Express.
- Numérique : extension de la couverture haut débit dans les zones rurales, à l’image de la fibre optique en France.
- Collectivités territoriales : financement des communes et des CTD, en appui à la décentralisation.
- Transport : développement des corridors routiers, du port de Kribi et des hubs ferroviaires, sur le modèle des concessions autoroutières françaises.
Les défis à relever pour une réussite durable
Malgré des fondations solides, la CDEC doit surmonter plusieurs obstacles pour atteindre son plein potentiel :
- L’effectivité de la collecte : certaines banques résistent encore au transfert des fonds, malgré l’obligation légale. En décembre 2023, seule Allianz Cameroun avait effectué un transfert effectif.
- La gouvernance et la transparence : la crédibilité de l’institution auprès des épargnants et des consignataires est essentielle pour attirer davantage de dépôts volontaires.
- L’expertise en ingénierie financière : financer des infrastructures nécessite des compétences pointues en montage de dette de projet, évaluation des risques et structuration de garanties.
- La coordination avec les autres acteurs : éviter les doublons avec d’autres bailleurs (bailleurs multilatéraux, Trésor public) et maximiser l’effet de levier.
En conclusion, la CDEC camerounaise dispose désormais d’un cadre juridique, institutionnel et opérationnel solide pour devenir un véritable moteur du développement infrastructurel. Sa capacité à mobiliser des centaines de milliards de FCFA d’épargne dormante et à les transformer en financements de long terme représente une réponse endogène et crédible à la rareté des capitaux extérieurs. La création prochaine d’une filiale bancaire dédiée marque un tournant décisif, passant d’une logique de collecte à une logique d’investissement structurel. Son succès dépendra désormais de l’application rigoureuse des mécanismes de collecte coercitive et du renforcement rapide des compétences internes en ingénierie financière.
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