4 août 2026

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Cameroun : le FMI et ses 300 milliards de fcfa qui font défaut en 2027

Le Cameroun mise sur un nouveau partenariat avec le Fonds monétaire international (FMI) pour combler une partie de ses besoins financiers à horizon 2027. D’après le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, présenté au Parlement par le ministère des Finances, Yaoundé anticipe un apport de 300 milliards de FCFA grâce à un accord avec l’institution financière internationale. Cette enveloppe représente près de 9,5 % des 3 161,5 milliards de FCFA nécessaires pour financer les dépenses prévues sur cette période.

L’importance de cet appui n’est pas à sous-estimer. Le dernier programme signé en 2021, prolongé d’un an, s’est achevé en juillet 2025. Depuis, le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, insiste régulièrement sur la nécessité de conclure un nouvel accord, comme en témoigne sa prise de parole lors du Conseil de cabinet du 30 octobre 2025. La présidence de la République a été saisie pour valider officiellement l’ouverture des négociations, mais l’inclusion de ces fonds dans le cadrage triennal confirme que l’exécutif les considère déjà comme un pilier de son scénario budgétaire.

Un déficit public lourdement impacté par l’absence d’accord

Le déficit budgétaire du Cameroun devrait atteindre 1 018 milliards de FCFA en 2027, soit une hausse significative par rapport aux 808,5 milliards prévus en 2026. Si l’accord avec le FMI se concrétise, 30 % de ce déficit pourraient être comblés grâce aux fonds alloués. À cela s’ajoutent 2 143,5 milliards de FCFA de charges de financement et de trésorerie, principalement liées au remboursement de la dette et à l’apurement des arriérés. La dette financière à rembourser seule s’élève à 1 602,5 milliards de FCFA.

Pour financer l’exercice, l’État compte sur 866,7 milliards de FCFA de tirages sur prêts-projets, 400 milliards d’émissions de titres publics, 250 milliards de financement bancaire direct et 131,5 milliards prélevés sur les réserves de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Un emprunt extérieur supplémentaire de 1 000 milliards de FCFA est également envisagé pour 2027, après une opération similaire prévue en 2026. Le gouvernement qualifie l’absence d’accord avec le FMI de « risque majeur » pour la pérennité des finances publiques sur le moyen terme.

En l’absence de programme, les 300 milliards de FCFA manquants devraient être compensés par un endettement accru, une mobilisation accrue des ressources internes ou des arbitrages budgétaires. Or, le ministère des Finances souligne les difficultés croissantes à lever des fonds sur le marché intérieur, la rigidité des taux d’intérêt et la taille encore modeste du marché financier de la Cemac. Ces contraintes limitent fortement la possibilité de remplacer les financements concessionnels par des dettes commerciales.

Un effet domino sur les partenaires financiers

Au-delà des fonds directement issus du FMI, un accord avec l’institution de Bretton Woods sert de levier pour attirer d’autres bailleurs comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), l’Union européenne et les partenaires bilatéraux. Ces acteurs subordonnent souvent leurs engagements à la mise en œuvre de réformes et au respect d’objectifs macroéconomiques validés dans le cadre d’un programme FMI.

Louis Paul Motazé rappelle que les deux programmes menés entre 2017 et 2025 ont permis au Cameroun de mobiliser environ 2 600 milliards de FCFA d’appuis budgétaires, en cumulant les tirages du FMI et les concours associés d’autres partenaires. « Sans nouvel accord avec le FMI, nous perdrions ces ressources », avait-il prévenu. Parallèlement, Yaoundé prévoit d’élargir l’assiette fiscale non pétrolière, de moderniser les services de collecte et de rationaliser les dépenses courantes pour dégager des marges en faveur de l’investissement.

Une validation régionale indispensable

La démarche du Cameroun dépend en partie de la situation globale de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Dans cette zone, les programmes nationaux soutenus par le FMI exigent des garanties régionales sur la politique monétaire, la reconstitution des réserves de change et l’harmonisation des trajectoires budgétaires des six États membres.

La revue des politiques communes de la Cemac, initialement prévue en décembre 2025, a été reportée. Les autorités évoquent un alignement insuffisant des politiques budgétaires nationales avec la stratégie régionale, ainsi que des négociations inachevées sur les garanties associées aux réformes. Cette validation est un prérequis, bien qu’elle n’ouvre pas automatiquement la porte à un accord bilatéral entre le Cameroun et le FMI.

Le calendrier reste un enjeu crucial. En intégrant dès maintenant 300 milliards de FCFA d’appuis conditionnels dans son plan de financement pour 2027, l’exécutif camerounais mise sur la crédibilité de ces fonds pour concrétiser ses ambitions. Un retard prolongé forcerait le Trésor à recourir davantage à la dette commerciale ou à réduire les dépenses, au détriment des investissements prévus.