28 septembre 2026

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LFR 2026 au Sénégal : les réactions et les scénarios après le dépôt du texte

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Le dépôt de la loi de finances rectificative 2026 à l’Assemblée nationale a mis le feu aux poudres. Entre les déclarations rassurantes de Bassirou Diomaye Faye et les exigences d’Ousmane Sonko, le Sénégal retient son souffle. Les réactions fusent, et les scénarios d’un blocage budgétaire se précisent, avec des conséquences potentiellement lourdes pour les Sénégalais.

Un rapport de force institutionnel ravivé par le dépôt du texte

Bassirou Diomaye Faye se veut serein. Il affirme que la majorité Pastef votera la loi de finances rectificative, convaincu que l’intérêt des Sénégalais primera. Mais à l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, nouveau président de l’institution, dispose de leviers constitutionnels réels pour freiner, remodeler ou faire tomber le texte. La LFR 2026 devient ainsi le premier champ de bataille d’une cohabitation inédite entre le Palais et l’hémicycle.

Le contexte a basculé le 22 mai 2026. Un décret présidentiel a mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko à la Primature. Ahmadou Al Aminou Lô a été nommé Premier ministre le 25 mai, tandis que le leader de Pastef prenait la tête de l’Assemblée nationale, succédant à El Malick Ndiaye. Le duo de 2024 s’est mué en face-à-face institutionnel.

La tension est palpable depuis plusieurs semaines. Ousmane Sonko a publiquement réclamé des clarifications sur l’accord conclu avec le Fonds monétaire international et sur le traitement de la dette. Après une polémique sur la transmission du dossier, l’Assemblée a confirmé avoir régulièrement réceptionné le projet de LFR 2026, accompagné de la lettre de transmission du chef de l’État et du décret de présentation, le vendredi 18 septembre 2026.

Les pouvoirs de l’Assemblée : entre rejet, amendements et censure

Sur le papier, rien n’oblige les députés à adopter un projet de loi de finances. La Constitution confie à l’Assemblée nationale le pouvoir de voter la loi et de contrôler l’action du gouvernement. Avec 130 sièges sur 165 obtenus aux législatives de novembre 2024, Pastef peut rejeter le texte sans allié. Une voie directe, mais politiquement risquée : un refus frontal ferait porter à Sonko la responsabilité d’un blocage des finances publiques en pleine négociation avec le FMI.

Le chef de l’État ne peut pas non plus compter sur des défections. L’article 60 de la Constitution prévoit que tout député démissionnaire de son parti en cours de législature est déchu de son mandat. Ce verrou protège la discipline du groupe Pastef.

Entre l’adoption et le rejet, une troisième voie existe. L’article 82 encadre le droit d’amendement budgétaire : seuls sont recevables les amendements visant à supprimer ou réduire une dépense, ou à créer ou accroître une recette. La majorité peut donc tailler dans les dépenses, réécrivant les arbitrages de l’exécutif sans rejet pur et simple.

Le gouvernement dispose toutefois d’une parade. Le même article 82 lui permet de demander un vote unique sur tout ou partie du texte, ne retenant que les amendements proposés ou acceptés. Les députés doivent alors se prononcer en bloc : adopter le texte tel quel ou l’assumer rejeté.

Jouer la montre : une stratégie à double tranchant

La présidence de l’Assemblée donne à Ousmane Sonko une influence sur le calendrier. Mais l’article 84 limite la possibilité d’enterrer le texte : l’inscription prioritaire d’un projet de loi à l’ordre du jour est de droit dès que le Président ou le Premier ministre la réclame.

Surtout, le temps joue contre l’obstruction. L’article 68 fixe à soixante jours le délai pour voter les lois de finances. Passé ce délai, le texte est mis en vigueur par décret, en tenant compte des amendements votés et acceptés. Le dépôt ayant eu lieu le 18 septembre, l’échéance tombe autour du 17 novembre 2026. Laisser traîner l’examen offrirait à Diomaye Faye la possibilité de promulguer son budget sans l’aval du Parlement.

Une zone grise subsiste : la Constitution prévoit le cas d’un texte « non voté » dans les délais, mais reste muette sur un rejet formel. La question de savoir si le recours au décret reste ouvert après un vote négatif pourrait être portée devant le Conseil constitutionnel, que l’article 74 permet de saisir à un dixième des députés.

L’exécutif possède un autre outil, utilisé en décembre 2024 pour le budget 2025, alors qu’Ousmane Sonko dirigeait le gouvernement. L’article 86 permet au Premier ministre, après délibération du Conseil des ministres, d’engager la responsabilité du gouvernement sur le vote d’un projet de loi de finances. Le texte est alors considéré comme adopté, sauf motion de censure déposée dans les vingt-quatre heures et votée à la majorité absolue.

C’est là que la majorité Pastef retrouve sa puissance. Une motion de censure ne requiert que la signature d’un dixième des députés et 83 voix pour être adoptée. Pastef dispose largement de ce seuil. Si le gouvernement d’Ahmadou Al Aminou Lô choisissait cette voie, les députés de Sonko pourraient faire échouer le budget et renverser le gouvernement. Une arme redoutable, mais lourde de conséquences, ouvrant une crise gouvernementale à quelques semaines de la date à partir de laquelle le chef de l’État retrouve son pouvoir de dissolution.

Le 2 décembre, date butoir de l’équilibre des forces

C’est l’autre élément clé. L’article 87 autorise le Président à dissoudre l’Assemblée après avis du Premier ministre et du président de l’Assemblée, mais interdit toute dissolution durant les deux premières années de la législature. Installée le 2 décembre 2024, l’Assemblée est protégée jusqu’au 2 décembre 2026. Interrogé sur une éventuelle dissolution, Bassirou Diomaye Faye a rappelé que cette date n’était pas encore atteinte.

Le calendrier dessine une séquence serrée. Le délai de soixante jours expire à la mi-novembre, quelques jours avant que le chef de l’État ne puisse renvoyer les députés devant les électeurs. Un blocage prolongé offrirait à Diomaye Faye un argument pour justifier une dissolution, tandis qu’une adoption sans heurts le priverait de ce levier.

Au final, Ousmane Sonko dispose des moyens constitutionnels de bloquer ou réécrire le budget : rejet, amendements de réduction ou censure. Mais chaque option l’expose à un coût politique élevé, face à un exécutif qui garde en main le décret de l’article 68, l’engagement de responsabilité de l’article 86 et, bientôt, la dissolution de l’article 87. Plus qu’une question de droit, l’examen de la LFR 2026 s’annonce comme un test grandeur nature de la cohabitation entre le Palais et l’hémicycle.

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