L’État du Cameroun honorera, le 23 juin 2026, une nouvelle échéance de son emprunt obligataire à tranches multiples ECMR 2023, s’élevant à plus de 120 milliards de FCFA. Cet avis, signé le 5 juin 2026 par Louis Banga Ntolo, directeur général de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC), précise que 10,7 milliards de FCFA correspondent au paiement des intérêts, le reste étant dédié au remboursement partiel du capital sur certaines lignes. Les opérations de paiement débuteront dès le lendemain, 24 juin, auprès des guichets des sociétés de Bourse et des banques teneurs de comptes.
Des modalités de remboursement adaptées aux différentes maturités
Contrairement à un remboursement standard unifié, cette échéance combine amortissement du capital et versement des coupons pour l’ensemble des tranches. Ainsi, les détenteurs de la tranche A recevront un coupon net de 10 580 FCFA par obligation, dont 10 000 FCFA de principal et 580 FCFA d’intérêts. Pour la tranche B, le montant s’élève à 5 600 FCFA, répartis en 5 000 FCFA d’amortissement et 600 FCFA de coupon. Les tranches C et D, à échéance plus lointaine, ne bénéficient pour l’instant que des intérêts, fixés respectivement à 675 et 725 FCFA par titre. Cette organisation reflète une stratégie d’emprunt structurée en plusieurs horizons, où les investisseurs acceptent de reporter leur récupération du capital en échange d’un rendement accru sur le long terme. Elle traduit également l’évolution de l’ingénierie obligataire au sein de la zone CEMAC.
Un emprunt historique pour le marché financier régional
L’émission initiale de 2023 avait permis au Cameroun de lever plus de 176 milliards de FCFA, dépassant largement l’objectif initial de 150 milliards. Cette opération marquait la septième émission obligataire couronnée de succès pour Yaoundé sur le marché financier sous-régional unifié, et la première expérience à tranches multiples dans la sous-région. L’objectif ? Élargir la base d’investisseurs en proposant des maturités adaptées aux profils de risque et aux contraintes de liquidité des souscripteurs.
Le contexte économique de l’époque n’était pas des plus favorables. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) avait instauré un cycle de resserrement monétaire pour contrer les tensions inflationnistes, ce qui avait mécaniquement alourdi le coût des ressources empruntées par les Trésors nationaux. En diversifiant son offre, le Cameroun a offert aux investisseurs la possibilité de choisir entre des placements courts, moins rémunérateurs, et des engagements longs assortis de coupons plus attractifs. Cette approche technique a été validée par le succès de la souscription.
Un enjeu de crédibilité et de gestion de la dette souveraine
Pour les autorités camerounaises, le respect rigoureux des échéances de remboursement va bien au-delà d’une simple obligation contractuelle. Il s’agit d’un message adressé à une communauté d’investisseurs régionaux dont les décisions influencent directement les futures levées de fonds. Les États de la CEMAC sollicitent de plus en plus le marché obligataire pour financer leurs déficits budgétaires et leurs projets d’investissement public, dans un contexte où l’accès aux financements extérieurs s’est considérablement restreint.
Cette échéance du 23 juin met également en exergue l’importance croissante du service de la dette intérieure dans les finances publiques du Cameroun. Bien que cette solution offre une alternative précieuse aux bailleurs internationaux et aux eurobonds, son coût reste étroitement lié aux conditions monétaires fixées par la BEAC et à la perception du risque souverain par les investisseurs locaux. Chaque paiement effectué à temps renforce la crédibilité de Yaoundé et influence les conditions des prochaines émissions du Trésor.
Cependant, le défi persiste : concilier les impératifs de financement avec la soutenabilité de la charge d’intérêts constituera un paramètre clé pour les prochains exercices budgétaires. Cette opération confirme par ailleurs le rôle central acquis par la BVMAC dans le financement des États de la sous-région.

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