22 septembre 2026

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Ce que le double message d’Assimi Goïta dit vraiment de la stratégie malienne

Derrière l’appel solennel à la « réconciliation entre frères maliens » lancé par le général Assimi Goïta, une lecture plus attentive de son allocution du lundi soir révèle une équation politique et militaire bien plus complexe qu’il n’y paraît. En annonçant simultanément un renforcement de la lutte contre les groupes armés jihadistes et une main tendue au dialogue, le chef de l’État malien ne se contente pas de conjuguer fermeté et ouverture : il dessine les contours d’une stratégie à double détente, taillée pour un contexte sécuritaire en pleine dégradation.

Le général Assimi Goïta, chef de l'État malien

Un discours d’indépendance sous tension

À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance du Mali, célébré le mardi 22 septembre, le général Goïta s’est adressé à la nation par radio et télévision. Un exercice de communication soigneusement calibré, où chaque mot semble pesé.

Il a réaffirmé sa volonté de défendre l’intégrité territoriale et l’unité nationale, tout en se déclarant ouvert au dialogue. « Tout en demeurant ouvert au dialogue et à la réconciliation entre frères maliens, notre volonté ferme de défendre l’intégrité de notre territoire et l’unité nationale reste intacte », a-t-il déclaré. Une formule qui, en apparence contradictoire, traduit en réalité une double pression : celle des armes et celle des opinions.

Le chef de l’État a également promis que la lutte contre l’insécurité et les groupes armés terroristes allait « se renforcer davantage ». Une annonce qui intervient dans un moment où l’armée malienne encaisse revers sur revers.

La question qui fâche : pourquoi maintenant ?

Cette prise de parole n’est pas anodine. Elle survient après une série d’attaques particulièrement meurtrières contre les forces maliennes, qui ont profondément marqué l’opinion et fragilisé le narratif officiel d’une armée en reconquête.

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a revendiqué ou a été accusé de plusieurs opérations contre des positions militaires ces dernières semaines. Un enchaînement qui donne à l’allocution présidentielle des airs de réponse à une urgence sécuritaire devenue difficile à masquer.

Dioura, le revers qui a tout changé

Le 10 septembre, une attaque contre le camp de Dioura, dans le centre du Mali, a fait plus de 100 morts parmi les soldats maliens, selon les informations disponibles. Plusieurs dizaines d’autres militaires ont été faits prisonniers.

Ce bilan, parmi les plus lourds enregistrés ces dernières années, constitue un nouveau revers pour une armée engagée depuis plus d’une décennie dans la lutte contre les groupes jihadistes. Il éclaire d’un jour cru la portée réelle des annonces de renforcement militaire : derrière le volontarisme affiché, la question de la capacité opérationnelle des Forces armées maliennes reste entière.

Hommage aux soldats et cap sur la Russie

Dans son discours, Assimi Goïta a tenu à rendre hommage aux militaires tombés au combat, saluant leur sacrifice au nom de la défense de la patrie. Un geste attendu, alors que la question du moral des troupes et du soutien populaire à l’armée devient cruciale.

Le chef de l’État a aussi réaffirmé sa volonté de renforcer les capacités de l’armée malienne, en évoquant la poursuite de la coopération avec la Russie. Depuis le retrait progressif des forces françaises et de plusieurs partenaires occidentaux, Moscou est devenu le principal partenaire stratégique de Bamako. Une bascule géopolitique qui structure désormais la réponse malienne à la menace jihadiste — et qui explique en partie le ton employé face à la communauté internationale.

Un double message, deux publics

Derrière l’apparente unité de ton, l’allocution du général Goïta s’adresse en réalité à plusieurs destinataires :

  • Aux Maliens, pour maintenir la cohésion nationale et justifier les sacrifices consentis ;
  • Aux groupes jihadistes, en agitant la carte d’une riposte militaire renforcée ;
  • Aux partenaires internationaux, en réaffirmant la souveraineté du Mali tout en gardant la porte du dialogue entrouverte ;
  • Aux opinions régionales, en capitalisant sur le discours souverainiste qui a porté la transition.

Cette communication à tiroirs n’est pas sans risque : trop de fermeté peut fermer la voie diplomatique, trop d’ouverture peut être lue comme un aveu de faiblesse par les groupes armés.

Une indépendance sous le signe de l’incertitude

Alors que le Mali commémore le 66e anniversaire de son indépendance, les cérémonies se déroulent dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu. Les groupes jihadistes continuent de mener des attaques contre les forces de sécurité et cherchent à étendre leur influence dans plusieurs régions du pays.

Le message d’Assimi Goïta, entre promesse de riposte et appel à la réconciliation, se veut donc moins une feuille de route qu’une tentative d’équilibre. Reste à savoir si cet équilibre résistera aux prochains mois — et si les armes finiront par donner raison à l’un des deux volets de son discours.