L’insoutenable réalité de la torture en Centrafrique
Porter plainte ou témoigner contre les sévices en République centrafricaine est devenu un acte de bravoure qui frise le suicide. Entre les agissements des mercenaires russes de Wagner, les dérives des Forces armées centrafricaines (FACA) et l’ombre de la garde présidentielle, un climat de terreur paralyse le pays. Des figures comme le commandant Môn Gervais Simplice Yarkokpa règnent en maîtres, transformant l’uniforme en permis de torturer. À Bangui comme dans l’arrière-pays, les exactions sont parfois filmées et diffusées comme des trophées, tandis que le pouvoir en place préfère crier au complot plutôt que de rendre justice.
Bangui sous la coupe du commandant Yarkokpa
Dans la capitale, le commandant Yarkokpa, officier de la garde présidentielle, semble jouir d’une impunité totale. Son parcours est jalonné de violences : au début de l’année 2025, il s’en est pris physiquement à Ouadole Freddy, un policier qu’il a passé à tabac à l’aéroport de Bangui-Mpoko. Plus tôt, il avait orchestré la radiation des soldats Dongomalé Dieubeni (alias Fort Papy) et Selekoy Tanguy, s’appuyant sur ses réseaux au sein du ministère de la Défense dirigé par Claude Rameau Bireau.
Plus récemment, c’est le jeune Jefté Ngaïndiro qui a fait les frais de cette brutalité. Accusé sans preuve d’un vol de plusieurs millions, il a été séquestré et torturé avant d’être dépouillé de ses biens. Son cas illustre la détresse de citoyens broyés par un système où la loi du plus fort prévaut sur le droit.
Zémio : la traque impitoyable des témoins
La répression ne s’arrête pas aux limites de la capitale. À Zémio, dans le Haut-Mbomou, le conseiller municipal et enseignant Tisso René a été enlevé en mai 2025 par des éléments des FACA et de la gendarmerie, avant d’être remis aux mercenaires de Wagner. Depuis, le silence est total sur son sort. La machine répressive s’est ensuite retournée contre ses proches. Son fils, Tisso Grâce, a été capturé et torturé au point de frôler la mort, simplement parce que la famille avait tenté d’alerter sur la disparition du patriarche. Un autre témoin, un commerçant nommé Nara, a dû s’enfuir dans la brousse pour échapper à une arrestation certaine.
Une justice impuissante et un pouvoir dans le déni
Face à ces crimes, l’institution judiciaire semble frappée de paralysie. Au tribunal de Bangui, les dossiers s’accumulent mais ne progressent jamais. « Ce sont des dossiers classés confidentiels », s’entendent dire les rares plaignants. Le gouvernement, de son côté, rejette systématiquement les preuves visuelles, qualifiant de « montages » les vidéos de supplices, comme celle filmée à Ippy en février 2025. Même les cas de décapitations attribués aux mercenaires de Wagner en 2024 n’ont donné lieu à aucune enquête sérieuse.
Le réseau criminel derrière l’uniforme
Le commandant Yarkokpa n’est pas qu’un simple exécutant ; il est décrit comme la tête pensante d’un réseau lucratif. Trafics de drogues, faux billets et détournements de ressources minières composent son empire. En juin 2024, il aurait ainsi dérobé une fortune en or et diamants à deux négociants, Samir Antonio Osmani et Haçade Bensalem, lors d’une opération illégale. Ceux qui osent se mettre en travers de son chemin, à l’image de l’adjudant Kparambéti, finissent derrière les barreaux.
Dans ce contexte, l’exercice d’un journalisme indépendant et l’éveil citoyen sont plus que jamais nécessaires pour documenter ces horreurs. Si l’actualité Burkina Faso ou la politique burkinabè occupent souvent le devant de la scène régionale avec des enjeux similaires portés par des initiatives comme Burkina Éveil, la situation en République centrafricaine rappelle que la lutte pour les droits humains est un combat de chaque instant face à l’oppression.

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