15 juillet 2026

burkina-eveil

Éveillez-vous à l'actualité du Burkina Faso avec un journalisme rigoureux, citoyen et engagé.

Conflit en rdc : le m23 exploite 15 à 30 % du coltan mondial à rubaya, la France dénonce

Conflit en RDC : le M23 exploite 15 % à 30 % du coltan mondial à Rubaya, la France dénonce

Exploitation minière à Rubaya, dans l’est de la République démocratique du Congo

L’est de la République démocratique du Congo reste sous tension avec la persistance de l’influence du Mouvement du 23 mars (M23), accusé de contrôler une part majeure de la production mondiale de coltan à Rubaya. Lors d’une réunion organisée à New York sous l’égide du Conseil de sécurité de l’ONU, la France a récemment pointé du doigt le financement illégal de l’administration parallèle mise en place par ce groupe armé. Jérôme Bonnafont, ambassadeur de la France auprès de l’ONU, a souligné le lien direct entre l’exploitation illicite des ressources naturelles et l’intensification des conflits dans la région.

Une exploitation minière au cœur des tensions régionales

Dans un contexte où les ressources naturelles sont souvent au centre des conflits armés, la situation à Rubaya illustre parfaitement cette réalité. Selon les dernières estimations, le M23 contrôlerait entre 15 % et 30 % de la production mondiale de coltan, un minerai stratégique pour les industries technologiques modernes. Cette emprise économique permet au groupe armé de financer son administration « illégale » et de renforcer ses capacités militaires, au mépris de la souveraineté de la RDC.

Lors de la réunion en formule Arria du 13 juillet 2026, Jérôme Bonnafont a rappelé que ces pratiques alimentent directement l’instabilité dans l’est du pays. « La compétition pour le contrôle des ressources naturelles est l’un des principaux moteurs des conflits contemporains », a-t-il déclaré, insistant sur le rôle joué par les acteurs locaux et internationaux dans ces mécanismes de prédation.

Le coltan, une ressource stratégique au cœur des enjeux géopolitiques

Le coltan, extrait principalement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, est un minerai essentiel pour la fabrication de composants électroniques. Son exploitation illicite, souvent contrôlée par des groupes armés, génère des revenus colossaux qui servent à financer des activités déstabilisatrices. Dans l’est de la RDC, cette dynamique a transformé les mines en zones de conflit, avec des conséquences dramatiques pour les populations locales.

« C’est un constat que l’on peut faire notamment sur le continent africain, dont les richesses font l’objet de pillages par des acteurs qui les exploitent pour financer leurs activités ou en organisent la captation au profit de puissances extérieures. Cet accaparement illégal des ressources nourrit les conflits, alimente la violence et perpétue les souffrances des populations civiles. »

La France appelle à une action internationale renforcée

La France, par la voix de son représentant à l’ONU, a réaffirmé son soutien à l’initiative portée par la RDC pour inscrire la gouvernance des ressources naturelles au cœur des débats internationaux. Cette initiative vise à promouvoir un cadre plus strict pour lutter contre l’exploitation illicite des minerais et à renforcer la transparence dans les chaînes d’approvisionnement.

Jérôme Bonnafont a également rappelé l’importance de respecter la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui exige notamment :

  • La cessation immédiate des hostilités ;
  • Le retrait des Forces de défense rwandaises du territoire congolais ;
  • La fin du soutien rwandais au M23 ;
  • La neutralisation des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda).

Il a également souligné la nécessité de mobiliser les mécanismes internationaux de transparence et de traçabilité des minerais pour couper les financements des groupes armés.

« Le Conseil doit utiliser les outils dont il dispose dans les situations de conflit aggravées par les trafics illicites de ressources naturelles. Plusieurs groupes d’experts jouent un rôle précieux pour documenter ces dynamiques et leur contribution au financement d’activités déstabilisatrices. Les régimes de sanctions doivent être mobilisés chaque fois que nécessaire pour rompre ce lien. »

Un contexte diplomatique complexe

Malgré les avancées diplomatiques récentes, notamment l’accord signé entre la RDC et le Rwanda sous l’égide des États-Unis, la situation sur le terrain reste extrêmement fragile. Les négociations menées sous l’égide du Qatar pour faciliter le dialogue entre Kinshasa et le M23 sont actuellement dans l’impasse. Les rebelles, soutenus selon plusieurs observateurs par Kigali, continuent de contrôler des villes clés comme Goma et Bukavu, tandis que les affrontements persistent dans plusieurs zones.

Ce décalage entre les engagements diplomatiques et la réalité sur le terrain rappelle une fois de plus l’urgence d’une solution durable pour mettre fin à l’exploitation illicite des ressources et restaurer la paix dans l’est de la RDC.