28 avril 2026

Crimes contre l’humanité au Burkina Faso : les camps en accusation

crimes contre l’humanité au Burkina Faso : les camps en accusation

Depuis 2023, le Burkina Faso est plongé dans une spirale de violences sans précédent. L’armée nationale, ses milices alliées ainsi qu’un groupe armé islamiste lié à Al-Qaïda ont causé la mort de plus de 1 800 civils et provoqué le déplacement forcé de dizaines de milliers d’autres. Ces exactions, qualifiées de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, touchent toutes les parties au conflit.

une situation humanitaire dramatique et des responsabilités partagées

  • L’armée burkinabè, ses Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) sont impliqués dans des attaques ciblées contre des civils, des déplacements forcés et des nettoyages ethniques.
  • La junte au pouvoir, dirigée par le président Ibrahim Traoré, est accusée de réprimer toute forme d’opposition et de limiter la liberté de la presse pour masquer l’ampleur des atrocités.
  • Les communautés peules sont particulièrement visées, accusées de soutien aux groupes armés islamistes, entraînant des massacres systématiques.
  • Le GSIM, en réponse aux opérations militaires, multiplie les attaques contre les populations locales, semant la terreur et bloquant l’accès aux ressources vitales.

des témoignages accablants et des preuves documentées

Une enquête approfondie menée par Human Rights Watch révèle l’ampleur des violences commises entre janvier 2023 et août 2025. Plus de 450 témoignages, des analyses d’images satellites et des milliers d’heures d’enregistrements audiovisuels ont permis de documenter 57 incidents majeurs impliquant les forces armées, les milices et le GSIM.

Parmi les cas les plus marquants :

  • En décembre 2023, une opération militaire près de Djibo a coûté la vie à plus de 400 civils, dont des femmes et des enfants. Une survivante de 35 ans raconte : « Mes deux filles sont mortes sur le coup. Mon bébé de 9 mois et moi avons été grièvement blessés par les balles. »
  • En novembre 2023, 13 civils peuls, dont 6 femmes et 4 enfants, ont été exécutés sommairement dans le village de Bassé. Un survivant de 41 ans décrit les corps : « Tous les cadavres, sauf celui de mon fils, étaient regroupés dans la cour, les yeux bandés, les mains liées et criblés de balles. »
  • En août 2024, le GSIM a massacré au moins 133 civils à Barsalogho, accusant la communauté entière de soutenir les VDP. Un survivant de 39 ans témoigne : « Les gens tombaient comme des mouches. Ils sont venus nous exterminer sans épargner personne. »

impunité généralisée et appel à la justice internationale

Les victimes et leurs familles n’ont aucune confiance dans les institutions judiciaires locales, souvent complaisantes envers les forces de l’ordre. Les autorités burkinabè minimisent ou nient systématiquement les abus, refusant d’engager des enquêtes crédibles. Cette impunité encourage la répétition des exactions.

Les principaux responsables identifiés incluent :

  • Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso et commandant suprême des forces armées.
  • Six hauts commandants militaires burkinabè.
  • Iyad Ag Ghaly, dirigeant du GSIM, déjà recherché par la Cour pénale internationale (CPI).
  • Quatre commandants du GSIM.

Human Rights Watch appelle les partenaires internationaux du Burkina Faso – Nations Unies, Union africaine, Union européenne, États-Unis – à prendre des mesures concrètes :

  • Imposer des sanctions ciblées contre les commandants responsables des crimes documentés.
  • Encourager la CPI à ouvrir un examen préliminaire sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis depuis septembre 2022.
  • Soutenir les mécanismes régionaux pour briser le cycle de l’impunité et protéger les populations civiles.

un appel urgent à l’action internationale

Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch, déclare : « L’ampleur des atrocités au Burkina Faso est stupéfiante, tout comme l’indifférence mondiale face à cette crise. » Il souligne que « la junte commet elle-même des abus atroces, refuse de traduire en justice les responsables et limite la diffusion d’informations pour cacher la réalité des souffrances. »

Les organismes régionaux et les gouvernements partenaires sont invités à coopérer avec les autorités burkinabè pour mettre fin aux graves violations et établir les responsabilités. « Le monde doit reconnaître la gravité de la situation au Burkina Faso pour y mettre un terme définitif. »