Par Habib Badjinri Touré, Maître de conférences à l’Université de Grenoble-Alpes et Criss-Dess Dongar, Docteur en droit de l’Université Jean-Moulin Lyon 3

Les raisons de la sanction contre le Sénégal par la CAF

La finale de la Coupe d’Afrique des Nations (can) 2025 a été marquée par une polémique majeure. Alors que le Sénégal s’imposait face au Maroc, pays hôte, lors d’un match intense, des décisions arbitrales controversées ont jeté une ombre sur le déroulement de la rencontre. Plusieurs incidents ont émaillé le match : un but refusé au Sénégal à la 92e minute, un pénalty accordé au Maroc à la 98e minute, puis le retrait des joueurs sénégalais du terrain en signe de protestation. Cette action a entraîné une suspension du match de près de 15 minutes avant la reprise et la victoire finale du Sénégal en prolongations.

Cependant, selon les règlements de la can, une équipe qui quitte le terrain sans l’accord de l’arbitre est considérée comme perdante par forfait et se voit infliger un score de 3-0. La Fédération royale marocaine de football (frmf) a saisi le Jury disciplinaire de la CAF pour faire appliquer cette règle. Après examen, le Jury a rejeté la réclamation marocaine, mais celle-ci a été réexaminée par le Jury d’Appel de la CAF, qui a finalement statué en faveur du Maroc le 17 mars 2026. Le Sénégal a alors décidé de saisir le Tribunal arbitral du Sport (tas) pour contester cette décision.

Le recours du Sénégal devant le Tribunal arbitral du Sport

Le Sénégal a introduit un recours auprès du Tribunal arbitral du Sport le 25 mars 2026, conformément aux statuts de la CAF et au Code de l’arbitrage en matière de sport. Ce tribunal a pour mission de trancher les litiges liés aux décisions de la CAF en appliquant en priorité les règles de la confédération, puis subsidiairement le droit suisse. Le recours sénégalais porte principalement sur deux points : l’interprétation des articles 82 et 84 des règlements de la can, ainsi que la conformité de la décision du Jury d’Appel avec les principes du droit de la fifa.

Le Sénégal pourrait contester l’application automatique du forfait, arguant que le retrait des joueurs était une protestation temporaire et non un abandon définitif du match. Par ailleurs, la sélection sénégalaise pourrait invoquer l’autorité de l’arbitre en temps réel, soulignant que seul l’arbitre est compétent pour décider de la continuité ou de l’interruption d’un match. Cette argumentation s’appuie sur les lois du jeu de la fifa, qui encadrent strictement le rôle de l’arbitre.

Quelles issues possibles pour ce litige ?

Plusieurs scénarios peuvent se dessiner concernant l’issue du recours sénégalais. Tout d’abord, le Tribunal arbitral du Sport pourrait examiner les questions de procédure, notamment la recevabilité du recours. En effet, le Sénégal a demandé la suspension du délai pour déposer son mémoire d’appel en attendant la notification de la décision motivée de la CAF. Cette phase préliminaire pourrait influencer le déroulement du contentieux.

Sur le fond, le tas devra trancher sur deux axes principaux. D’une part, il devra déterminer si le comportement des joueurs sénégalais peut être qualifié de « refus de jouer » ou d’abandon du terrain, ce qui entraînerait une sanction automatique. D’autre part, il devra évaluer si la décision du Jury d’Appel de la CAF respecte les principes du droit de la fifa concernant l’autorité de l’arbitre et la régulation immédiate du jeu.

Le Sénégal pourrait ainsi plaider que l’interprétation des articles 82 et 84 par le Jury d’Appel est trop extensive, assimilant à tort une interruption contestataire à un forfait définitif. De plus, la sélection sénégalaise pourrait soutenir que la requalification en forfait opérée par la CAF porte atteinte à la sécurité juridique de la compétition et à la logique de régulation immédiate du jeu.

En conclusion, bien que le recours sénégalais repose principalement sur une contestation juridique des décisions de la CAF, son issue reste incertaine. Le tas, dont la décision sera définitive, pourrait soit annuler la décision de la CAF, soit la confirmer, comme il l’a déjà fait dans des affaires similaires. Les prochaines semaines seront déterminantes pour connaître le sort réservé au titre de champion d’Afrique 2025.