11 mai 2026

Crise au Mali : Bamako face à la réalité des routes meurtrières du nord

Des épaves de véhicules carbonisés, des vivres pourrissant sous le soleil et des cadavres abandonnés sur les bas-côtés : voici le quotidien des axes routiers du Nord du Mali. Une puanteur persistante plane dans l’air, reflétant l’horreur qui s’empare du pays. Pourtant, malgré cette situation humanitaire et sécuritaire catastrophique, les dirigeants de la transition préfèrent vivre dans un déni absolu. « Aucune entrave n’entrave la circulation au Mali. Tous les déplacements se déroulent normalement », clame le premier ministre Abdoulaye Maïga, dans une tentative désespérée de masquer l’effondrement de l’État derrière des mots.

un décalage croissant entre les déclarations officielles et le terrain

Cette stratégie de communication, teintée de déni, creuse un fossé de plus en plus large entre les autorités militaires et la réalité vécue par les civils. Pendant que Bamako célèbre ses « victoires » dans des communiqués triomphalistes, les routes vitales reliant le sud aux régions du Nord se transforment en véritables cimetières à ciel ouvert. Le régime semble avoir troqué la protection de ses citoyens contre une obsession de l’image, où toute critique de la situation est perçue comme une trahison. En misant sur une souveraineté affichée plutôt que sur la survie de sa population, la junte s’enlise dans une bulle d’illusions dont le coût se mesure en vies humaines.

l’échec stratégique d’une politique de rupture

Sur le plan militaire, le bilan est tout aussi accablant. Le rejet brutal des partenaires historiques au profit de nouvelles alliances n’a, jusqu’à présent, apporté aucune amélioration de la sécurité. Pire, le départ des forces internationales a laissé un vide rapidement comblé par les groupes armés, qui imposent des blocus impitoyables aux localités du Nord et du Centre. Incapable d’assurer la protection des convois logistiques, le gouvernement se contente de frappes ponctuelles, là où une présence territoriale constante serait indispensable pour briser l’étau économique qui étouffe le pays.

l’étouffement politique aggrave la crise

L’immobilisme politique et la répression des libertés fondamentales achèvent de fragiliser la situation. En muselant les journalistes, les opposants et la société civile qui osent dénoncer la crise, le pouvoir se prive des outils essentiels à une reconstruction nationale. L’absence de calendrier électoral et le durcissement du régime révèlent une priorité claire : pérenniser un pouvoir qui, faute de résultats concrets sur le terrain, s’appuie sur un nationalisme de façade. Pendant que les discours enflammés résonnent dans les salons de Bamako, le Mali réel, lui, sombre lentement dans le chaos au bord des routes.